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jeudi, 15 décembre 2005

La politesse ou la police

Les sociétés moins policées sont nécessairement plus policières. La répression remplace l’inhibition.

11:19 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : sentences

jeudi, 08 décembre 2005

Constable entre romantisme et réalisme

Constable est le peintre du vrai, le père du vérisme en peinture. Longtemps mythifiée ou idéalisée, la nature devient naturelle avec lui. Les champs cultivés remplacent les forêts ou les rochers antiques. Les ciels auparavant sereins, ou faussement tourmentés, se chargent d'épais nuages et d'incertaines menaces. L'empyrée s'épaissit tout en se vidant. L'horizon s'élargit tout en se limitant. Ce n'est pas l'invention du paysage, mais la découverte du paysage naturel, laissé à lui-même ou à l'homme, livré à l'orage et à la charrue, déserté par les dieux et les légendes.

Avant Constable, les Hollandais, Hobbema ou les frères Ruysdael, avaient sans doute mis le paysage à l'honneur, mais en faisant ressortir l’arrière plan des fêtes et des foires flamandes ; c'était seulement la fin du folklore paysan, pas encore le sacre de la nature. Avec Constable, la nature devient le sujet principal, le paysage devient le portrait du peintre romantique. Mais le romantisme porte déjà en lui le ressort de son dépassement : la recherche de la vérité vraie sape les fondements du romantisme artistique ; le rêve ou la mélancolie d'une nature émancipée, redevenue elle-même, se réfugie dans la vérité positive, dans une vérité scientifique qui nie la rêverie. Comme une fatalité, le réalisme succédera au romantisme.

23:15 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : peinture

jeudi, 01 décembre 2005

La démocratie dans les alcôves

Pour nos modernes professeurs de morale, il n’est qu’une seule limite à la liberté sexuelle : le consentement mutuel. Entre adultes consentants est le nouveau credo que tout le monde connaît par cœur. Autrement dit, tout est possible à condition d’en avoir la permission. Cette plaisante conception de la liberté se trouve déjà chez Chamfort : "Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne : voilà, je crois, toute la morale." C’est l’introduction de la démocratie dans les alcôves - le Siècle des Lumières a décidément pensé à tout.

10:30 Publié dans Eros | Lien permanent | Tags : moralistes

mardi, 29 novembre 2005

Une limite raisonnable

La liberté de faire l’amour s’arrête là où commence la migraine de l’autre.

10:20 Publié dans Eros | Lien permanent | Tags : maximes, sentences

lundi, 28 novembre 2005

Le mystère Monsù Desiderio

Les tableaux de Monsù Desiderio ne sont pas seulement de belles marqueteries à contempler. Il y a de la métaphysique derrière cette physique toute baroque, de l'ésotérisme encore à percer derrière cet esthétisme très daté. Ce monde-là, comme celui de Piranèse qu'il annonce, est entre la rêverie et le cauchemar, la vision et la prophétie, et la question reste ouverte sur les intentions, métaphysiques ou politiques, de ces deux peintres qui n'en font qu'un, ajoutant ainsi du mystère au mystère. Bref, c'est le mystère fait art.

10:25 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : peinture

vendredi, 25 novembre 2005

La vérité du secret

Nous n’avons jamais de secrets que pour nos proches. Les secrets nous protègent de ceux qui nous connaissent.

12:10 Publié dans Sophia | Lien permanent | Tags : sentences

mercredi, 23 novembre 2005

Entre hommage et profanation

Devant un beau corps de femme, on hésite toujours entre l’hommage et la profanation.

10:16 Publié dans Eros | Lien permanent

jeudi, 17 novembre 2005

La fausse sérénité de Magritte

L’œuvre de Magritte, qui dénonce la fiction de la représentation, est elle-même trompeuse. La fixité de son style fait croire à une immobilité de l’esprit comme son ironie à une sérénité profonde. Dès le départ, il est vrai, apparaissent les dominantes de sa peinture : pureté des lignes et des couleurs, étrangeté des situations, éloquence des titres, obsession du bleu horizon, omniprésence des nuages. La dynamique de l’œuvre de Magritte, il ne faut pas la chercher comme pour la plupart des peintres dans une diachronie, mais dans une synchronie. C’est un mouvement permanent qui la commande, qui alternativement met la réalité au bord du rêve et le rêve au bord du cauchemar.

L’étrangeté, faussement tranquille, peut devenir inquiétante. En vérité, la menace n’est jamais loin. Elle apparaît évidemment dans La Bataille de l’Argonne qui doit être rapprochée de La Vie ordinaire : dans un cas, un nuage et un rocher placés parallèlement surplombent un paysage campagnard endormi ; dans l’autre, le rocher est placé au-dessus du nuage qui le cache d’une boule argentée symbolisant la fleur chez Magritte. La menace est réduite à sa plus simple expression dans La Malédiction où elle prend la forme d’un unique cumulus. Généralement, elle apparaît dans un contraste entre l’azur et la nuée, mais aussi dans une double temporalité, entre la permanence et la finitude. Même figée dans le marbre, la beauté du monde toujours est menacée : un nuage n’est jamais loin d’un buste de femme à l’antique. Insaisissable et flottant comme un nuage, le temps devient lourd et écrasant comme la pierre dont est faite une pyramide de lettres (L’Art de la conversation IV) ou une chaise monumentale où repose une petite chaise en bois (La Légende des siècles).

L’insolite néanmoins l’emporte sur l’inquiétant, qu’il prenne la forme d’un visage caché par une pomme (Le Fils de l’homme) ou d’une pluie d’hommes au chapeau melon (Golconde). Même sous la nuée menaçante, le monde peut s’irréaliser en se dédoublant comme dans L’Empire des lumières, où un ciel de jour se superpose à un paysage de nuit éclairé par un lampadaire de ville. D’une manière plus éclatante encore, l’imaginaire triomphe du réel dans Le Château des Pyrénées, qui couronne un rocher en lévitation au-dessus de la mer et qui logiquement, tout comme les châteaux construits en Espagne qu’il symbolise, pourrait avoir pour sous-titre : le rêve plus fort que la mort. C’est ce qui fait de Magritte, en dernière analyse, un peintre profondément surréaliste. Au fond, un poète plus qu’un métaphysicien.

12:50 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : peinture

lundi, 14 novembre 2005

Variations sur le voile

Une nouvelle édition du Dictionnaire des idées reçues accueillerait le mot voile avec cette définition : "Il souligne ce qu’il cache."

 

Une femme musulmane qui, en France, se couvre pour ne pas être sexuellement provocante ne craint pas de l’être autrement - elle cherche même à l’être le plus souvent. C’est la première contradiction du port du voile qui en révèle toute l’imposture, le voile censé masquer (ou souligner…) une différence sexuelle ne servant qu’à accuser une différence culturelle. Il est une seconde contradiction que symbolise malgré elle la femme voilée qui simultanément manifeste, par le port du voile, son rejet de la civilisation occidentale et, par sa présence ici, son attachement à cette même civilisation. Comme s’il s’agissait pour elle, dans un curieux rapport d’intérêts, de limiter les avantages de la civilisation occidentale en retournant un inconvénient de la civilisation musulmane en avantage contre l’Occident.

11:10 Publié dans Genres | Lien permanent

jeudi, 10 novembre 2005

L'autre clandestinité

La France d’aujourd’hui nous invite à renouer avec l’esprit de clandestinité, à retrouver le peuple de l’ombre, à redécouvrir de vieilles liaisons secrètes.

17:10 Publié dans Civilisation | Lien permanent

lundi, 07 novembre 2005

La barbarie vue par la sociologie

Violence en bande, viol collectif, destruction par le feu : on a toujours appelé cela barbarie. En langage de sociologue, on appelle cela misère et mal de vivre.

17:35 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : nihilisme

samedi, 05 novembre 2005

Sous l'oeil des nouveaux barbares

Décadence et barbarie voisinent toujours, non parce qu’elles se ressemblent, mais parce qu’elles s’attirent comme deux personnes de sexe opposé.

11:00 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : sentences

jeudi, 03 novembre 2005

Le vice contre l'oisiveté

L’oisiveté est la mère de tous les vices, mais le vice est encore le meilleur remède à l’oisiveté.

10:10 Publié dans Médication | Lien permanent | Tags : maximes, sentences

mardi, 01 novembre 2005

Bruckner et Mahler

La symphonie mahlérienne avant que d’être une révolution est un héritage. Mahler doit beaucoup à Bruckner. Cette dette, il ne l’a jamais ni contestée ni oubliée. C’est la postérité de Mahler qui est ingrate avec Bruckner. Qui mettrait aujourd’hui Bruckner devant Mahler ?

La chronologie même en est brouillée. Prenons le dernier mouvement de la Troisième de Bruckner, écoutons cet adagio qui s’anime entre les bois et les cordes pour finir, avec l’appui des cuivres, en un allegro moderato comme une marche à travers la forêt viennoise. Une oreille attentive mais plus habituée à Mahler qu’à Bruckner croirait y reconnaître des accents mahlériens. Quel étrange renversement de perspective !

Il est bien d’autres phrases annonciatrices de Mahler chez Bruckner, notamment dans les aigus des bois du premier mouvement de la Première ou dans la sonnerie des cuivres de la fin du premier mouvement de la Troisième. Les majestueuses dissonances du premier mouvement de la Sixième de Bruckner annoncent aussi clairement celles de Mahler. Mais remettons la perspective dans le bon sens.

L’inclination à la lenteur, le goût pour l’ampleur de la phrase, la recherche de sonorités nouvelles sont d’abord chez Bruckner. Et puis certaines préférences instrumentales, avec la montée en puissance des cuivres (qui déjà ont acquis un autre statut depuis Wagner), comme une prise du pouvoir par les cuivres dans l’orchestre symphonique. D’emblée, la Première de Mahler ne conteste pas ce coup de force, mais le confirme. Et la parenté avec Bruckner, celui de la Troisième notamment, apparaît dès l’introduction, sans attendre l’explosion du dernier mouvement. Mahler libère, accentue là où Bruckner retient.

Il reste pourtant une communauté de sons dans certaines introductions laissées aux bois, l’irruption subséquente des cuivres, puis l’alliance des bois et des cuivres, ou encore les lents et longs crescendo des violons. Mahler, par l’utilisation d’instruments inattendus, y ajoute des incongruités sonores comme pour exprimer une ironie, un scepticisme, une perte du sens. L’atonalisme, entre ironie et subversion, n’est pas loin.

Mais entre le dernier Mahler et le dernier Bruckner, il est encore des correspondances sonores ou instrumentales, à travers notamment la primauté retrouvée des instruments à corde. Celle-ci toutefois ne sert pas les mêmes états d’âme : chez Bruckner, c’est la confiance en Dieu qui se fait mélancolie (et non doute) avec l’âge tandis que chez Mahler, c’est le doute qui se mue en désespoir. La mort d’un enfant est passée par là, mais pas seulement : l’adagio de la Dixième culminant, après les stridences angoissantes des violons, en une terrible sonnerie des cuivres traduit le désespoir d’un homme revenu de Dieu face au néant.

15:40 Publié dans Clef de sol | Lien permanent

vendredi, 28 octobre 2005

La Révolution ou la mort du bel esprit

La Révolution française qui fut - peut-être - politiquement nécessaire, socialement inévitable, a été culturellement un désastre. En répandant partout, en France puis dans l'Europe entière, un nouvel esprit, elle a ruiné l’ancien. Il faut mesurer ce qui a été perdu : le naturel de la noblesse, la liberté de la dispute, l’intelligence des salons. Sous ces différents rapports, la Restauration fut même pire que la République ou l'Empire : les romans de Balzac et de Stendhal en portent témoignage. Ce qu’il faut donc regretter, ce n’est pas la monarchie, mais l’esprit d’Ancien Régime - perdu à jamais.

10:30 Publié dans Civilisation | Lien permanent

mardi, 25 octobre 2005

Morand et Larbaud

Il y a du Morand en Larbaud, à moins que ce ne soit le contraire. Si les deux styles sont différents, les deux mondes se ressemblent. La même alternance de sentimentalisme et de cynisme les domine. Les mêmes personnages, vivant de luxe et de désinvolture, les traversent, à vive allure évidemment, d’un pays à l’autre, puisque le principal trait commun de ces deux mondes est un élégant et dansant cosmopolitisme.

11:50 Publié dans Lettres | Lien permanent

dimanche, 23 octobre 2005

Le panthéisme en politique

Etre "citoyen du monde", ce n’est pas être démocrate, mais panthéiste en politique. Et ce panthéisme-là n’est pas moins flou que l’autre.

09:50 Publié dans Politie | Lien permanent | Tags : sentences

samedi, 22 octobre 2005

Une théorie dans l'oeil

L'amateur d'art ne sait plus regarder les œuvres artistiques autrement qu'en naturaliste : il a une théorie évolutionniste dans l’œil.

11:25 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : sentences, histoire de l'art

vendredi, 21 octobre 2005

Le vandalisme dans les têtes

L’iconoclasme est mal vu lorsqu’il s’attaque aux vieilles pierres et non aux idées. Mais qu’est-ce que la philosophie du soupçon sinon un vandalisme opéré dans les têtes ? C’est à cause de ce vandalisme-là qu’il n’y a plus que des vieilles pierres à protéger.

11:30 Publié dans Jeu de massacre | Lien permanent | Tags : nihilisme

jeudi, 20 octobre 2005

La peur de la mort

L’incroyant se rassure en ouvrant les yeux, le croyant en les fermant.

11:50 Publié dans Ultima ratio | Lien permanent | Tags : sentences