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lundi, 14 novembre 2005

Variations sur le voile

Une nouvelle édition du Dictionnaire des idées reçues accueillerait le mot voile avec cette définition : "Il souligne ce qu’il cache."

 

Une femme musulmane qui, en France, se couvre pour ne pas être sexuellement provocante ne craint pas de l’être autrement - elle cherche même à l’être le plus souvent. C’est la première contradiction du port du voile qui en révèle toute l’imposture, le voile censé masquer (ou souligner…) une différence sexuelle ne servant qu’à accuser une différence culturelle. Il est une seconde contradiction que symbolise malgré elle la femme voilée qui simultanément manifeste, par le port du voile, son rejet de la civilisation occidentale et, par sa présence ici, son attachement à cette même civilisation. Comme s’il s’agissait pour elle, dans un curieux rapport d’intérêts, de limiter les avantages de la civilisation occidentale en retournant un inconvénient de la civilisation musulmane en avantage contre l’Occident.

11:10 Publié dans Genres | Lien permanent

jeudi, 10 novembre 2005

L'autre clandestinité

La France d’aujourd’hui nous invite à renouer avec l’esprit de clandestinité, à retrouver le peuple de l’ombre, à redécouvrir de vieilles liaisons secrètes.

17:10 Publié dans Civilisation | Lien permanent

lundi, 07 novembre 2005

La barbarie vue par la sociologie

Violence en bande, viol collectif, destruction par le feu : on a toujours appelé cela barbarie. En langage de sociologue, on appelle cela misère et mal de vivre.

17:35 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : nihilisme

samedi, 05 novembre 2005

Sous l'oeil des nouveaux barbares

Décadence et barbarie voisinent toujours, non parce qu’elles se ressemblent, mais parce qu’elles s’attirent comme deux personnes de sexe opposé.

11:00 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : sentences

jeudi, 03 novembre 2005

Le vice contre l'oisiveté

L’oisiveté est la mère de tous les vices, mais le vice est encore le meilleur remède à l’oisiveté.

10:10 Publié dans Médication | Lien permanent | Tags : maximes, sentences

mardi, 01 novembre 2005

Bruckner et Mahler

La symphonie mahlérienne avant que d’être une révolution est un héritage. Mahler doit beaucoup à Bruckner. Cette dette, il ne l’a jamais ni contestée ni oubliée. C’est la postérité de Mahler qui est ingrate avec Bruckner. Qui mettrait aujourd’hui Bruckner devant Mahler ?

La chronologie même en est brouillée. Prenons le dernier mouvement de la Troisième de Bruckner, écoutons cet adagio qui s’anime entre les bois et les cordes pour finir, avec l’appui des cuivres, en un allegro moderato comme une marche à travers la forêt viennoise. Une oreille attentive mais plus habituée à Mahler qu’à Bruckner croirait y reconnaître des accents mahlériens. Quel étrange renversement de perspective !

Il est bien d’autres phrases annonciatrices de Mahler chez Bruckner, notamment dans les aigus des bois du premier mouvement de la Première ou dans la sonnerie des cuivres de la fin du premier mouvement de la Troisième. Les majestueuses dissonances du premier mouvement de la Sixième de Bruckner annoncent aussi clairement celles de Mahler. Mais remettons la perspective dans le bon sens.

L’inclination à la lenteur, le goût pour l’ampleur de la phrase, la recherche de sonorités nouvelles sont d’abord chez Bruckner. Et puis certaines préférences instrumentales, avec la montée en puissance des cuivres (qui déjà ont acquis un autre statut depuis Wagner), comme une prise du pouvoir par les cuivres dans l’orchestre symphonique. D’emblée, la Première de Mahler ne conteste pas ce coup de force, mais le confirme. Et la parenté avec Bruckner, celui de la Troisième notamment, apparaît dès l’introduction, sans attendre l’explosion du dernier mouvement. Mahler libère, accentue là où Bruckner retient.

Il reste pourtant une communauté de sons dans certaines introductions laissées aux bois, l’irruption subséquente des cuivres, puis l’alliance des bois et des cuivres, ou encore les lents et longs crescendo des violons. Mahler, par l’utilisation d’instruments inattendus, y ajoute des incongruités sonores comme pour exprimer une ironie, un scepticisme, une perte du sens. L’atonalisme, entre ironie et subversion, n’est pas loin.

Mais entre le dernier Mahler et le dernier Bruckner, il est encore des correspondances sonores ou instrumentales, à travers notamment la primauté retrouvée des instruments à corde. Celle-ci toutefois ne sert pas les mêmes états d’âme : chez Bruckner, c’est la confiance en Dieu qui se fait mélancolie (et non doute) avec l’âge tandis que chez Mahler, c’est le doute qui se mue en désespoir. La mort d’un enfant est passée par là, mais pas seulement : l’adagio de la Dixième culminant, après les stridences angoissantes des violons, en une terrible sonnerie des cuivres traduit le désespoir d’un homme revenu de Dieu face au néant.

15:40 Publié dans Clef de sol | Lien permanent

vendredi, 28 octobre 2005

La Révolution ou la mort du bel esprit

La Révolution française qui fut - peut-être - politiquement nécessaire, socialement inévitable, a été culturellement un désastre. En répandant partout, en France puis dans l'Europe entière, un nouvel esprit, elle a ruiné l’ancien. Il faut mesurer ce qui a été perdu : le naturel de la noblesse, la liberté de la dispute, l’intelligence des salons. Sous ces différents rapports, la Restauration fut même pire que la République ou l'Empire : les romans de Balzac et de Stendhal en portent témoignage. Ce qu’il faut donc regretter, ce n’est pas la monarchie, mais l’esprit d’Ancien Régime - perdu à jamais.

10:30 Publié dans Civilisation | Lien permanent

mardi, 25 octobre 2005

Morand et Larbaud

Il y a du Morand en Larbaud, à moins que ce ne soit le contraire. Si les deux styles sont différents, les deux mondes se ressemblent. La même alternance de sentimentalisme et de cynisme les domine. Les mêmes personnages, vivant de luxe et de désinvolture, les traversent, à vive allure évidemment, d’un pays à l’autre, puisque le principal trait commun de ces deux mondes est un élégant et dansant cosmopolitisme.

11:50 Publié dans Lettres | Lien permanent

dimanche, 23 octobre 2005

Le panthéisme en politique

Etre "citoyen du monde", ce n’est pas être démocrate, mais panthéiste en politique. Et ce panthéisme-là n’est pas moins flou que l’autre.

09:50 Publié dans Politie | Lien permanent | Tags : sentences

samedi, 22 octobre 2005

Une théorie dans l'oeil

L'amateur d'art ne sait plus regarder les œuvres artistiques autrement qu'en naturaliste : il a une théorie évolutionniste dans l’œil.

11:25 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : sentences, histoire de l'art

vendredi, 21 octobre 2005

Le vandalisme dans les têtes

L’iconoclasme est mal vu lorsqu’il s’attaque aux vieilles pierres et non aux idées. Mais qu’est-ce que la philosophie du soupçon sinon un vandalisme opéré dans les têtes ? C’est à cause de ce vandalisme-là qu’il n’y a plus que des vieilles pierres à protéger.

11:30 Publié dans Jeu de massacre | Lien permanent | Tags : nihilisme

jeudi, 20 octobre 2005

La peur de la mort

L’incroyant se rassure en ouvrant les yeux, le croyant en les fermant.

11:50 Publié dans Ultima ratio | Lien permanent | Tags : sentences

lundi, 17 octobre 2005

Monsieur Ouine ou le roman du nihilisme

De tous les romans de Bernanos le dernier est sans doute le plus mystérieux, le plus déroutant, mais aussi le plus fascinant parce que le plus noir. Si Bernanos est le Dostoïevski français, Monsieur Ouine non seulement ne ressemble qu’à Bernanos, mais encore dépasse à certains égards les romans du maître russe. S'y trouve un désespoir face au nihilisme qui ne se trouve pas même chez Dostoïevski.

Le nihilisme ou la version moderne du mal, Dostoïevski est le premier à s’y attaquer. Il l’évoque sous ses différentes espèces, morales à travers l’homme du souterrain (anticipation de l’homme du ressentiment de Nietzsche), politiques à travers les personnages foisonnants des Possédés, philosophiques à travers la figure d’Ivan Karamazov, en qui finalement s’unifient toutes les espèces. L’âme humaine est encore ce champ de bataille où le malin dispute à Dieu sa souveraineté sur le monde. Au fond, le nihilisme selon Dostoïevski est une maladie de l’âme dont l’homme peut guérir par la conversion ou le retour à Dieu.

La vision de Bernanos est beaucoup plus radicale, bien plus désespérée : le nihilisme n’est pas seulement une maladie, c’est un mal irrémédiable qui parachève la victoire du malin sur terre. Ce qui était victoire dans Sous le soleil de Satan devient triomphe dans Monsieur Ouine. L’imperium de Satan est établi, le monde sublunaire est son empire. Et le faste de cet empire est une immense dévastation : tout n’est que ruine du bien, mort symbolique de Dieu.

A l’inverse de la Chute, Dieu a été chassé du monde des hommes. Satan s’est installé sur son trône et a pris ses attributs. Mais ce n’est pas un Satan triomphant et hilare, c’est déjà un Satan repu et lassé de son triomphe. Il ne se montre pas en majesté, il se cache comme s’il avait envie de déserter son empire - il y a du Bas-Empire dans le principat de Satan. Les hommes sont comme abandonnés deux fois, sans Dieu et presque sans diable. Livrés à eux-mêmes, ils ne sont plus des hommes, ils sont des bêtes sauvages.

Sauvage le trop discret Monsieur Ouine, vieux professeur obsédé par la mort, travaillé par de mystérieuses inclinations. Sauvage le jeune Philippe dit Steeny, un enfant rebelle, sans père, élevé par sa mère, qui rêve d'un héroïsme négatif loin de la maison maternelle. Sauvage la solitaire Madame de Néréis, sensuelle, violente, qui attire Steeny aussi troublé par Monsieur Ouine. Sauvage la population haineuse de Fenouille qui se livre au lynchage de Madame de Néréis au sortir de la messe.

Reste peut-être le curé de Fenouille, le procureur malheureux de ses ouailles pécheresses, qui désespère de la mort de sa paroisse. Reste aussi le médecin du village, le pendant athée du curé, pas moins désespéré que lui. Le médecin des corps s’improvise médecin des âmes pour sauver le maire du village que la débauche a rendu malade. Mais que peut la science contre une maladie de l’âme ? Si la foi a été éradiquée, le souvenir de Dieu ne s’est pas tout à fait perdu. Et pis que la culpabilité, demeure la nostalgie d’une pureté qui n’existe plus. Le curé de Fenouille est impuissant, mais le médecin positiviste aussi.

Au bout du compte, le mystère d'un meurtre n'est pas percé. L’aveu tant attendu de Monsieur Ouine ne vient pas. Le personnage sur son lit de mort ne parle pas, ne se soulage pas de ses crimes présumés. Bernanos en parle comme d'une petite bête malfaisante, sans rien révéler non plus. Une hypothèse s’impose pourtant : et si ce Monsieur Ouine était un faux visiteur, en vérité le Prince de ce monde déguisé en simple pécheur ? Ce serait la farce inventée par le diable pour se désennuyer de son triomphe.

22:00 Publié dans Lettres | Lien permanent | Tags : nihilisme

mercredi, 12 octobre 2005

Une lacune de la langue

Le désespoir, c'est le point de vue de l’espoir sur son contraire. Il manque un terme pour dire le non-espoir originel.

12:00 Publié dans Blasphème | Lien permanent | Tags : sentences

lundi, 10 octobre 2005

Voltaire ou le pessimisme éclairé

En douze ans, entre Zadig (1747) et Candide (1759), Voltaire semble passer d’un tout est bien à un tout est mal. En vérité, le passage se fait dans un rapport de nuances, dans un glissement philosophique beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît. Voltaire, parti d’un optimisme teinté de scepticisme, arrive à un pessimisme nuancé d'eudémonisme. Il y a de l'ironie dans la "destinée" de Zadig et il n'y a pas que de l'ironie dans l' "optimisme" de Candide.

Tout ne va pas si bien pour Zadig, qui ne cesse de se demander pourquoi le malheur frappe le savant ou l’homme de bien. Mais le mal pouvant cacher ou servir le bien, Voltaire fait dire à l’ange Jesrad déguisé en ermite que « Tout est dangereux ici-bas, et tout est nécessaire. » En dépit de la liberté du ton, il y a, habillée par la raison, une philosophie de la nécessité qui apparente Voltaire, la superstition de la religion ou de la tradition en moins, aux défenseurs de l’ordre du monde sur terre comme au ciel. L’ordre cosmique coïncide avec un bien qui n’est pas aussi parfait que chez Leibniz, mais qui offre à l'homme, sans attendre, d'être heureux ici et maintenant.

Avec Candide, et le grand tremblement de terre de Lisbonne (1755) est passé par là, la perspective change puisque le mal qui existe au coeur du monde n’est plus regardé comme un paradoxe de bien, mais comme une fatalité dont il faut désespérer. A la ruine du bien ne correspond pourtant pas la fin du bonheur. La réévaluation du mal, dans un mouvement paradoxal (presque chrétien…) de la pensée, s’accompagne de la reconnaissance d’une liberté pour l’homme, et le bonheur par conséquent devient une espérance. Après le fatalisme de Zadig, la voie de l’action est ouverte, mais c’est celle d’une action raisonnable et limitée. Le jardin de Candide n'est que le domaine où l'homme peut manifester sa liberté. En Voltaire, l’optimiste paradoxal est devenu un pessimiste actif, et le conservateur apparent un libéral tranquille.

01:00 Publié dans Lettres | Lien permanent

samedi, 08 octobre 2005

La fausse liberté du libertin

Le libertin n’est pas libre, c’est la nature qui est libre en lui.

09:55 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent | Tags : sentences

vendredi, 07 octobre 2005

La fausse vertu des pauvres

On dit volontiers des pauvres qu’ils sont moins égoïstes que les riches, mais ne rêvent-ils pas de devenir riches ?

15:55 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent | Tags : sentences

jeudi, 06 octobre 2005

Le bon mot (2)

Le deuxième bon mot est généralement la nostalgie du premier.

10:40 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : sentences

lundi, 03 octobre 2005

Deux moralistes sous l’œil de Nietzsche

Chamfort a le sens de l’observation quand La Rochefoucauld a le sens de l’introspection. L’un s’attache surtout à la société, l’autre à l’âme humaine. Chamfort est plus empiriste que moraliste. Et son empirisme l’empêche parfois de se libérer de l’empire des apparences.

Nietzsche ne s’y trompe pas, qui invoque plus volontiers La Rochefoucauld que Chamfort. De tous les moralistes français, La Rochefoucauld est peut-être celui qui, avec Montaigne, a les plus grandes faveurs de Nietzsche. Pas seulement parce qu’il est un duc authentique – et le fils de pasteur roturier (tant pis pour ses faux ancêtres nobles polonais !) n’est insensible ni à l’esprit d’Ancien Régime ni même aux titres de noblesse. La Rochefoucauld, en débusquant le vice sous la vertu, inspire un Nietzsche clinicien qui décèle la maladie derrière l’apparente bonne santé de la civilisation.

Au fond, le double regard de La Rochefoucauld, qui toujours voit les motifs cachés à l’inverse des principes proclamés, se retrouve avec un perspectivisme historique au principe même de La Généalogie de la morale. C’est pourtant ailleurs, dans Le Gai savoir ou dans les notes marginales des Fragments posthumes que le grand duc moraliste se trouve cité. Et il l’est toujours d’une manière lapidaire, sans autre forme de protocole, comme s’il s’agissait là d’une évidence, d’une indispensable référence.

Par contraste, Nietzsche réserve un tout autre traitement à Chamfort, et la raison dépasse le seul retour aux préjugés d’Ancien Régime. Son rapport au moraliste révolutionnaire, qui a préféré le suicide à la guillotine, est à la fois sans ambiguïté et de regret. L’on songe aussi à Pascal : si (pour Nietzsche) l’esprit de Pascal est gâté par le christianisme (la morale de l’esclave), celui de Chamfort l’est par l’idée révolutionnaire (l’instinct de la foule). Avec une admiration mêlée de regret, Nietzsche n’en tient pas moins Chamfort pour le plus spirituel des révolutionnaires et, à cause de cela, pour le principal responsable de la séduction exercée par la Révolution sur les esprits français et européens.

« […] il y avait en lui un instinct qui était plus fort que sa sagesse et que rien n’avait apaisé : la haine de la noblesse de race. […] S’il était demeuré plus philosophe d’un degré, la révolution aurait perdu son esprit, sa pointe tragique, son aiguillon le plus acéré : elle serait considérée comme un événement bien plus bête et séduirait moins les esprits. » (Le Gai savoir, § 95, trad. d’A. Vialatte)

Même de son cher Voltaire, incarnation même du bel esprit français, il n’en dit pas autant. Mais il est vrai, et Nietzsche l’a compris, Voltaire n’eût pas été révolutionnaire.

22:33 Publié dans Philia | Lien permanent | Tags : moralistes

dimanche, 02 octobre 2005

Distinction

Qu’est-ce qui distingue le misogyne du machiste ? La distinction.

23:00 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : sentences