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mercredi, 02 juin 2021

Un grand magasin de jouets

Le règne de l’artifice ne vient plus seulement de la multiplication des artefacts, mais aussi de la déconstruction des idées. Plus rien ne va de soi, donc plus rien n’est naturel. Tout est construit et donc déconstructible. La réalité ou la représentation sociale n’est plus qu’un meccano auquel peuvent jouer les grandes personnes. La société est devenue un grand magasin de jouets symboliques.

01:00 Publié dans Civilisation | Lien permanent

mardi, 18 mai 2021

Une nouvelle ère du soupçon

Les méthodes de contrôle dans les transports publics disent tout de l’époque. Rien ou presque ne distingue les contrôleurs des voyageurs. Ils ont des uniformes à peine reconnaissables et se signalent au tout dernier moment avant leur intervention. Ils empruntent leurs méthodes à celles qu’ont en commun les policiers en civil et les voyous : ils agissent en bande et par surprise en recourant au guet-apens. Ainsi l’usager des transports publics se trouve-t-il virtuellement dans une double position inconfortable : celle du voyageur détroussable et du resquilleur cerné. La société civilisée a changé au point que le soupçon s’étend à tout le monde, y compris l’honnête citoyen. C’est une nouvelle ère du soupçon.

13:56 Publié dans Civilisation | Lien permanent

mercredi, 21 avril 2021

De la consolation comme médecine palliative

Etymologiquement, la consolation est un réconfort. Mais donne-t-elle de la force d’âme ou seulement un peu de confort moral ? C’est dans la défaite ou le désespoir qu’elle est nécessaire ; mais elle ne peut changer un caractère ou même retourner une situation. De fait, la consolation apaise plus qu’elle ne renforce ; elle soulage plus qu’elle ne soigne. En cela, elle s’apparente à la médecine palliative.

12:27 Publié dans Médication | Lien permanent

mardi, 02 mars 2021

Plaisir et impudeur

La libération du plaisir – notamment féminin – est une bonne chose en soi et n’a pas être mise en question. En revanche, la liberté du discours sur la sexualité ou simplement l’absence de retenue dans le discours participe de cette décivilisation des mœurs qui s’observe globalement. Ce qui devrait être réservé à l’intime ou, à tout le moins, à un espace circonscrit, est fièrement étalé et abondamment commenté sur la place publique.

La pudeur qui était regardée comme un progrès de la civilisation n’a plus cours et l’impudeur – même si on ne l’appelle plus ainsi – est vue comme progressiste (et, de fait, reconnue comme un nouveau droit). On en arrive même à ce paradoxe que la pudeur, qui était l’apanage des femmes, est devenue celui des hommes dans la mesure où la libération du discours sur le plaisir concerne essentiellement les femmes (l’asymétrie est tout à fait frappante sur ce point). En tout cas, liberté et pudeur pourraient aller de pair ; mais non, l’absence de limites dans le discours fait aller ensemble la liberté et l’indécence.

17:12 Publié dans Civilisation | Lien permanent

lundi, 08 février 2021

Ce que devient la correction politique

La nouvelle tendance de l’époque est une radicalisation de la correction politique. Ce qui pouvait être correct dans un sens proche de la politesse a laissé la place à l’expression incorrecte d’opinions libérales ou progressistes. Un radicalisme de type révolutionnaire l’a emporté sur un modérantisme progressiste. Il faut donc arrêter d’employer l’expression « politiquement correct », dont la douceur est contredite par des pratiques de moins en moins civiles.

13:16 Publié dans Politie | Lien permanent

mardi, 12 janvier 2021

Bacon entre fascination et répulsion

Francis Bacon est le peintre de la métamorphose, de la mutation des corps, de la transmutation des visages. De figurative, sa peinture se fait défigurative ou transfigurative. Ni surréaliste ni hyperréaliste, elle représente généralement un être décharné selon une manière qui tient parfois de la radiographie, mais qui, le plus souvent, se situe entre l’anatomie et le dépeçage.

En définitive, le monde selon Bacon est plus près de l'abattoir que du laboratoire, aussi effrayant parfois que la réalité de l’équarrissage, même si l'on n'y voit que des corps humains et non des carcasses d'animaux. Il touche par là au monstrueux plus qu’au merveilleux, à l’horrifique plus qu’au fantastique, et le spectateur indulgent cherche à en être fasciné, pour ne pas en être effrayé ou simplement dégoûté.

01:01 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent

samedi, 19 décembre 2020

Inconsistance

Les personnes inconsistantes n'aiment que le style fluide en littérature.

01:29 Publié dans Lettres | Lien permanent

vendredi, 27 novembre 2020

Le nouveau démiurge

La théorie du complot réintroduit le démiurge dans un monde sans métaphysique.

00:26 Publié dans Civilisation | Lien permanent

samedi, 17 octobre 2020

La France honteuse

La France est une personne que l'on cache honteusement derrière une autre, pourtant plus petite qu'elle, qui s'appelle la République.

01:19 Publié dans Politie | Lien permanent

mardi, 06 octobre 2020

Vaine esquive

Parler légèrement d'une chose grave, c'est une manière de n'en point parler.

01:06 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent

mardi, 22 septembre 2020

Une époque antiromantique

L'amour est un de ces rares domaines où peut exister une égalité réelle. Mais notre époque qui se veut pourtant celle de l'égalité réelle n'a rien de romantique, bien au contraire. L'amour ne lui est-il pas secrètement suspect ?

10:54 Publié dans Civilisation | Lien permanent

jeudi, 13 août 2020

Péremption

Des livres déjà lus sont comme des antidépresseurs périmés.

18:16 Publié dans Médication | Lien permanent

mercredi, 01 juillet 2020

Le mystère Satie

Le mystère Satie ou comment un compositeur amer et misérable a donné une musique légère et drolatique.

00:52 Publié dans Clef de sol | Lien permanent

lundi, 22 juin 2020

Une alliance symbolique

La Révolution française est née de l'alliance entre la mauvaise conscience et le ressentiment. Loin de rompre cette alliance symbolique, un nouvel esprit révolutionnaire la renouvelle en remplaçant le tiers haï par un autre sous la même qualification de privilégié.

22:03 Publié dans Politie | Lien permanent

mardi, 02 juin 2020

La nouvelle américanisation du monde

Il y a une nouvelle américanisation du monde qui tient à ce qu'est devenue l'Amérique : une nation obsédée par la question des minorités. L'Amérique n'exporte plus seulement son mode de vie ou ses produits culturels, mais aussi ses névroses qui lui viennent d'une mauvaise conscience historique.

16:35 Publié dans Civilisation | Lien permanent

lundi, 01 juin 2020

Mort de Christo, l'emballeur au prix fort

Christo a fait sa réputation avec un concept unique : l’emballement – au sens premier de ce terme – des paysages et des monuments dans une toile blanche unie. Rien de plus simple ou de plus minimaliste, et pourtant des critiques d’art y ont vu du génie.

Ce genre d’enthousiasme est un symptôme de ce qu’est devenu l’art contemporain ; mais l’œuvre en question (si l’on peut parler d’œuvre, ne serait-ce qu’en raison de son caractère éphémère et donc volatil) symbolise en elle-même deux des travers de cet art : la dimension spectaculaire (au sens de la société du spectacle) et le renversement du rapport à la réalité (y compris artistique). D’une part, le spectaculaire – tel un mauvais trompe-l’œil – est un des moyens privilégiés par les artistes contemporains et, d’autre part, l’art est devenu (depuis Duchamp) un dialogue quasi exclusif avec l’artefact.

Christo a fait mieux – ou pis – que de détourner des objets du paysage urbain : il a inversé le rapport entre contenu et contenant en faisant de l’empaquetage d’un monument une œuvre en soi, en dépit de son caractère dérisoire ou provisoire. La difficulté est de qualifier cet empaquetage qui n’est ni un complet camouflage ni un parfait embellissement, à moins de préférer l’emballage à l’objet dans un cadeau. Quant à lui donner un sens, toutes les interprétations sont possibles, depuis la recherche des lignes primitives de l’objet empaqueté jusqu’à la dénonciation de la société de consommation. Mais c’est là que le procédé touche à l’escroquerie et plutôt deux fois qu’une, parce que l’élévation de l’emballage au rang des beaux-arts (qui est un acte de consommation suprême) s’est faite, dans ses réalisations les plus spectaculaires, au prix fort.

15:42 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent

vendredi, 22 mai 2020

La morale des apparences

La mauvaise conscience de nos contemporains doit moins à un fond de morale chrétienne qu'à un rapport malaisé avec le monde des images. A cause de cela, la représentation tient lieu de morale.

00:16 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent

dimanche, 03 mai 2020

Un recul de la civilisation

L'appréhension des femmes dans les transports publics est un indice de ce qu'est devenue la civilisation des moeurs. La muflerie de certains hommes en est la cause et non une quelconque culture masculine qui serait la marque d'un patriarcat archaïque. Seule une dégradation ou une décivilisation des moeurs explique la pullulation des mufles et, comme elle a connu plusieurs étapes depuis les années 1960, il faudrait en faire l'histoire pour comprendre la nouvelle séquence que nous connaissons aujourd'hui.

12:32 Publié dans Civilisation | Lien permanent

lundi, 13 avril 2020

L'utopie du monde d'après

De bons esprits rêvent déjà d'un nouveau monde d'après l'épidémie, caractérisé par moins d'économie capitaliste et plus de solidarité entre les hommes. A chaque crise majeure, quelle que soit sa nature, c'est toujours la même chose, toujours les mêmes espérances et, au bout du compte, toujours la même désillusion. Les mêmes esprits voient moins ce qui, d'une crise à l'autre, se renforce chaque fois un peu plus : la propension à recourir à la contrainte collective plutôt qu'à la responsabilité individuelle. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de servitude - fût-elle volontaire - que justifie le bien de l'humanité ou ce qui est regardé comme tel, sous des espèces sanitaires et bientôt environnementales.

17:38 Publié dans Civilisation | Lien permanent

dimanche, 22 mars 2020

La peur comme remède à la peste

La peur est à la fois l'alliée et l'ennemie de la peste. Cette dualité tient au double caractère de la peur : physique et psychologique, raisonné et irraisonné. Il n'y a pas qu'une peur réflexe, spontanée, irréfléchie ; il y a aussi une peur plus réfléchie, venue de l'esprit calculateur, prospectif et donc rationnel. Si l'une n'est pas maîtrisable et l'autre l'est, les deux peuvent être rebelles ou soumises. Mais en temps de peste, les peurs s'unifient et cette peur unifiée, massive, est volontiers conformiste, légitimiste et ratificatrice.

15:21 Publié dans Médication | Lien permanent