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mardi, 23 novembre 2021

La sagesse de Malraux

Toute la sagesse de Malraux se trouve peut-être dans le regard apaisé de Gisors à la fin de La Condition humaine. Réfugié au Japon, le vieux Gisors, que la mort de son fils a métamorphosé et qui a décidé de ne pas suivre sa bru à Moscou, contemple tout en fumant les tumultes de la vie moderne avec détachement. Belle image poétique que celle de la fumée d'opium qui s'échappe de sa pipe et s'élève vers un ciel traversé par des nuages, auxquels il associe tous les êtres morts qu'il a connus. L'idée de révolution s'évanouit ainsi dans cette unité du monde retrouvée au pays du soleil levant par la grâce du bouddhisme zen.

14:47 Publié dans Lettres | Lien permanent

samedi, 16 octobre 2021

Un principe menacé

Le mouvement pour l'égalité des droits, notamment entre les sexes, s'est mué en un combat socio-culturel qui se situe au-delà de la question des droits. La passion égalitaire, qui se nourrit à la fois du ressentiment et de la mauvaise conscience, ne peut se suffire de la raison du droit. C'est pourquoi elle s'attaque désormais aux sexes eux-mêmes en remettant en cause jusqu'à leur existence. Et la suite logique de cette offensive sera la remise en question de certains principes juridiques ou politiques qui paraissaient acquis au nom d'une nouvelle conception de l'humanité, tout à la fois débinarisée, déspécisée et débiologisée. Avec la montée de la transsexualité et la reconnaissance déjà en marche d'un "sexe neutre", le modèle de représentation paritaire ne manquera pas d'être sur la sellette un jour ou l'autre. Autant dire que, loin d'être un principe pérenne, la parité pourrait bien n'être qu'un principe de transition.

01:19 Publié dans Masculin/Féminin | Lien permanent

jeudi, 23 septembre 2021

Un nouveau stade de la déconstruction

Après la déconstruction des idées, voici venu le temps de la déconstruction des hommes. De bons esprits progressistes considèrent que les mâles doivent être déconstruits, c’est-à-dire dépouillés des derniers oripeaux de la domination masculine. Il faut mesurer le chemin parcouru par l’idéologie progressiste en moins d’un siècle : le modèle de l’homme nouveau est passé d’une manière de surhomme productif – personnifié par Stakhanov – à un mâle diminué pour le bien des femmes et de l’environnement. Pour les nouveaux progressistes, l’espérance ne réside plus dans l’émancipation de l’humanité, mais dans la diminution de la part de virilité en l’homme. C'est la condition pour que la domination disparaisse – ou simplement pour qu'elle change de mains. 

00:20 Publié dans Politie | Lien permanent | Tags : progressisme

dimanche, 15 août 2021

L'iconographie du moi

Nos contemporains veulent à toute force se rendre visibles, c’est-à-dire exister par l’image. Il y a dans cette recherche de visibilité une quête d’éternité fugace qui rappelle dérisoirement l’espérance d’une véritable éternité. Les écrans ont remplacé les icônes ; mais ils renouvellent, tout en l’abaissant, la vieille iconographie. Jamais les faux dieux n’ont été aussi nombreux dans un monde déserté par la transcendance. Tout adepte des réseaux sociaux est tenté de se prendre pour un dieu sur son écran, en offrant des images de lui-même à l’admiration des autres. C’est le miroir de soi érigé en icône pour tous.

02:09 Publié dans Civilisation | Lien permanent

lundi, 12 juillet 2021

Un libéralisme paradoxal

Que devient le libéralisme ? Il tourne paradoxalement au dirigisme. Du point de vue de l'orthodoxie libérale, un équilibre doit être trouvé entre l'autorité de l'Etat régalien et la responsabilité laissée aux individus. Mais nos Etats libéraux ont pris l’habitude de diriger les individus, y compris dans le domaine des mœurs ou de la vie privée, au lieu de les laisser décider de ce qui est bon pour eux. Au fond, le dirigisme économique a laissé la place à un dirigisme sociétal.

23:11 Publié dans Politie | Lien permanent | Tags : libéralisme

dimanche, 20 juin 2021

Tempêtes et naufrages

Le musée de la Vie romantique donne à voir l’évolution de la représentation de la tempête dans la peinture européenne de Rubens à Boudin, en passant par Vernet, Valenciennes, Isabey, Turner, Martin et Courbet. Cette évolution est marquée par trois moments clés qui sont aussi des tournants philosophiques ou politiques : la naissance du naufrage comme un genre se détachant de la peinture d’histoire au siècle des Lumières, la dramatisation du naufrage qui fait ressortir la toute-puissance de la nature à l’âge romantique et la sentimentalisation du naufrage à travers la figuration des victimes (influence du socialisme ou du catholicisme social ?) dans la seconde moitié du XIXe siècle.

D’une certaine façon, il y a trois registres ou trois genres en un pour le naufrage : le tragique, le dramatique et le pathétique. En tout cas, on voit bien que l’art de Joseph Vernet consiste à enfermer la mer dans un cadre classique, comparable au théâtre du même nom, tandis que Courbet ou Boudin font éclater ce cadre pour la représenter dans toute la matérialité de ses éléments (le grain, l’écume et l’écueil). De même, la place de l’homme qui reste minuscule dans le naufrage vu par Vernet, Isabey ou Garneray grandit jusqu’à devenir essentielle en éclipsant le phénomène naturel de la tempête comme chez Géricault, Feyen-Perrin ou Luminais. Un humanitarisme esthétisant finit par l’emporter sur l'esthétisation d'une nature déchaînée.

20:32 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : peinture, histoire de l'art

mercredi, 02 juin 2021

Un grand magasin de jouets

Le règne de l’artifice ne vient pas seulement de la multiplication des artefacts, mais aussi de la déconstruction des idées. Plus rien ne va de soi, donc plus rien n’est naturel. Tout est construit et donc déconstructible. La réalité ou la représentation sociale n’est plus qu’un meccano auquel peuvent jouer les grandes personnes. La société est devenue un grand magasin de jouets symboliques.

01:00 Publié dans Civilisation | Lien permanent

mardi, 18 mai 2021

Une nouvelle ère du soupçon

Les méthodes de contrôle dans les transports publics disent tout de l’époque. Rien ou presque ne distingue les contrôleurs des voyageurs. Ils ont des uniformes à peine reconnaissables et se signalent au tout dernier moment avant leur intervention. Ils empruntent leurs méthodes à celles qu’ont en commun les policiers en civil et les voyous : ils agissent en bande et par surprise en recourant au guet-apens. Ainsi l’usager des transports publics se trouve-t-il virtuellement dans une double position inconfortable : celle du voyageur détroussable et du resquilleur cerné. La société civilisée a changé au point que le soupçon s’étend à tout le monde, y compris l’honnête citoyen. C’est une nouvelle ère du soupçon.

13:56 Publié dans Civilisation | Lien permanent

mercredi, 21 avril 2021

De la consolation comme médecine palliative

Etymologiquement, la consolation est un réconfort. Mais donne-t-elle de la force d’âme ou seulement un peu de confort moral ? C’est dans la défaite ou le désespoir qu’elle est nécessaire ; mais elle ne peut changer un caractère ou même retourner une situation. De fait, la consolation apaise plus qu’elle ne renforce ; elle soulage plus qu’elle ne soigne. En cela, elle s’apparente à la médecine palliative.

12:27 Publié dans Médication | Lien permanent

mardi, 02 mars 2021

Plaisir et impudeur

La libération du plaisir – notamment féminin – est une bonne chose en soi et n’a pas être mise en question. En revanche, la liberté du discours sur la sexualité ou simplement l’absence de retenue dans le discours participe de cette décivilisation des mœurs qui s’observe globalement. Ce qui devrait être réservé à l’intime ou, à tout le moins, à un espace circonscrit, est fièrement étalé et abondamment commenté sur la place publique.

La pudeur qui était regardée comme un progrès de la civilisation n’a plus cours et l’impudeur – même si on ne l’appelle plus ainsi – est vue comme progressiste (et, de fait, reconnue comme un nouveau droit). On en arrive même à ce paradoxe que la pudeur, qui était l’apanage des femmes, est devenue celui des hommes dans la mesure où la libération du discours sur le plaisir concerne essentiellement les femmes (l’asymétrie est tout à fait frappante sur ce point). En tout cas, liberté et pudeur pourraient aller de pair ; mais non, l’absence de limites dans le discours fait aller ensemble la liberté et l’indécence.

17:12 Publié dans Civilisation | Lien permanent

lundi, 08 février 2021

Ce que devient la correction politique

La nouvelle tendance de l’époque est une radicalisation de la correction politique. Ce qui pouvait être correct dans un sens proche de la politesse a laissé la place à l’expression incorrecte d’opinions libérales ou progressistes. Un radicalisme de type révolutionnaire l’a emporté sur un modérantisme progressiste. Il faut donc arrêter d’employer l’expression « politiquement correct », dont la douceur est contredite par des pratiques de moins en moins civiles.

13:16 Publié dans Politie | Lien permanent

mardi, 12 janvier 2021

Bacon entre fascination et répulsion

Francis Bacon est le peintre de la métamorphose, de la mutation des corps, de la transmutation des visages. De figurative, sa peinture se fait défigurative ou transfigurative. Ni surréaliste ni hyperréaliste, elle représente généralement un être décharné selon une manière qui tient parfois de la radiographie, mais qui, le plus souvent, se situe entre l’anatomie et le dépeçage.

En définitive, le monde selon Bacon est plus près de l'abattoir que du laboratoire, aussi effrayant parfois que la réalité de l’équarrissage, même si l'on n'y voit que des corps humains et non des carcasses d'animaux. Il touche par là au monstrueux plus qu’au merveilleux, à l’horrifique plus qu’au fantastique, et le spectateur indulgent cherche à en être fasciné, pour ne pas en être effrayé - ou simplement dégoûté.

01:01 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : peinture

samedi, 19 décembre 2020

Inconsistance

Les personnes inconsistantes n'aiment que le style fluide en littérature.

01:29 Publié dans Lettres | Lien permanent | Tags : sentences

vendredi, 27 novembre 2020

Le nouveau démiurge

La théorie du complot réintroduit le démiurge dans un monde sans métaphysique.

00:26 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : sentences

jeudi, 22 octobre 2020

Altdorfer ou l'autonomisation du paysage

L'exposition consacrée à Altdorfer par le musée du Louvre, en partenariat avec l'Albertina, donne à voir surtout des dessins et des gravures du contemporain de Dürer. On peut y voir toute la maîtrise d’un peintre qui était avant tout un dessinateur de grand talent. La finesse du trait, la minutie apportée au détail et un certain sens de la dramaturgie donnent des œuvres délicates et frappantes comme sa série intitulée Chute et Rédemption de l’humanité.

Sans doute Altdorfer travaillait-il sous la double influence de Mantegna et de Dürer ; mais entre ces deux maîtres plus grands que lui, il est parvenu à suivre une voie originale faite de la recherche d’angles inédits et même hardis comme dans sa version de L’Annonce à Joachim ou encore son Annonciation, où l’archange Gabriel est vu de dos et non de profil.

Deux éléments caractérisent la manière d'Altdorfer : d’une part, la décentration des personnages et, en particulier, le recours à une ligne diagonale pour partager l’espace ; d’autre part, l’importance du paysage, qui, loin d’être seulement un décor, est un monde en soi, plus réel qu’idéalisé, qu’il soit habité ou non par des personnages, ce qui marque dans l’histoire de la peinture les débuts du paysage autonome.

Peu de tableaux sont présentés dans l’exposition et ceux qui le sont témoignent d’un certain archaïsme dans le choix des sujets ou leur traitement (hors de La Bataille de Charlemagne) ; mais la Crucifixion, avec des éléments gothiques ou archaïques (comme le fond d’or), est tout à fait remarquable par la multiplicité des personnages et les couleurs vives des drapés qui enveloppent ceux du premier plan. Elle offre une belle synthèse de la sensibilité germanique et des influences venues d’Italie. On pourrait également le dire de certaines œuvres de Dürer ; mais Altdorfer apporte une touche supplémentaire en ouvrant la voie à la démythification ou à la naturalisation de l’espace pictural.

14:09 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : peinture, histoire de l'art

mardi, 06 octobre 2020

Vaine esquive

Parler légèrement d'une chose grave, c'est une manière de n'en point parler.

01:06 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent | Tags : sentences

mardi, 22 septembre 2020

Une époque antiromantique

L'amour est un de ces rares domaines où peut exister une égalité réelle. Mais notre époque qui se veut pourtant celle de l'égalité réelle n'a rien de romantique, bien au contraire. L'amour ne lui est-il pas secrètement suspect ?

10:54 Publié dans Civilisation | Lien permanent

jeudi, 13 août 2020

Péremption

Des livres déjà lus sont comme des antidépresseurs périmés.

18:16 Publié dans Médication | Lien permanent

mercredi, 01 juillet 2020

Le mystère Satie

Le mystère Satie ou comment un compositeur amer et misérable a donné une musique légère et drolatique.

00:52 Publié dans Clef de sol | Lien permanent

mardi, 02 juin 2020

La nouvelle américanisation du monde

Il y a une nouvelle américanisation du monde qui tient à ce qu'est devenue l'Amérique : une nation obsédée par la question des minorités. L'Amérique n'exporte plus seulement son mode de vie ou ses produits culturels, mais aussi ses névroses qui lui viennent d'une mauvaise conscience historique.

16:35 Publié dans Civilisation | Lien permanent