lundi, 19 décembre 2005

La vaine espérance de Kojève

Le coup de maître de Kojève, dans son interprétation de la dialectique du maître et de l’esclave, est d’avoir rehaussé le rôle de la mort. Pour Hegel, le maître se distingue de l’esclave par le risque de la mort qu’il accepte dans la lutte pour la reconnaissance de soi. A contrario, l’esclave renonce à cette lutte et se soumet à la souveraineté du maître qui implique néanmoins une dépendance réciproque entre l'un et l'autre. Kojève, pour sa part, insiste sur l’angoisse de la mort qui saisit l’esclave sous la domination du maître.

Pour Kojève, la crainte de la mort fait de l’homme un rebelle au monde, qu’il regarde comme fondamentalement hostile. Cette rébellion atteint un point critique chez l’esclave sur qui pèse non seulement l’ordre du monde, mais encore l’ordre du maître qui redouble son angoisse de la mort. Quand l’esclave n’accepte au fond aucun de ces deux ordres, le maître s’appuie sur l’ordre du monde (dominé par la crainte de la mort) pour asseoir son propre pouvoir. En conséquence, il se lie au monde qu’il ne peut vouloir ni subvertir ni dépasser. A contrario, l’esclave reste libre vis-à-vis du monde qu’il rejette tout en le redoutant. Lui seul peut donc reprendre la lutte pour la reconnaissance de soi qui signifiera aussi la fin des rapports entre maître et esclave.

Que répliquer à Kojève ? L’angoisse de la mort ultimement laisse le choix entre deux nihilismes : la destruction ou l’autodestruction - la destruction du monde par la volonté de le transformer ou la destruction de soi dans l’impuissance à transformer le monde. Il ne reste donc à l’esclave qu’à dominer son angoisse pour faire triompher le premier nihilisme sans succomber au second. S'il semble assez armé pour cela, c’est en raison de son ressentiment qui est une force secrète et qui peut le faire maître demain. Kojève ne voulait ni ne pouvait admettre que l’ancien esclave devînt un nouveau maître.

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vendredi, 16 décembre 2005

Carpe diem

Le carpe diem aussi est une philosophie de la consolation : il console de l’avenir quand la religion console du présent.

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jeudi, 15 décembre 2005

La politesse ou la police

Les sociétés moins policées sont nécessairement plus policières. La répression remplace l’inhibition.

jeudi, 08 décembre 2005

Constable entre romantisme et réalisme

Constable est le peintre du vrai, le père du vérisme en peinture. Longtemps mythifiée ou idéalisée, la nature devient naturelle avec lui. Les champs cultivés remplacent les forêts ou les rochers antiques. Les ciels auparavant sereins, ou faussement tourmentés, se chargent d'épais nuages et d'incertaines menaces. L'empyrée s'épaissit tout en se vidant. L'horizon s'élargit tout en se limitant. Ce n'est pas l'invention du paysage, mais la découverte du paysage naturel, laissé à lui-même ou à l'homme, livré à l'orage et à la charrue, déserté par les dieux et les légendes.

Avant Constable, les Hollandais, Hobbema ou les frères Ruysdael, avaient sans doute mis le paysage à l'honneur, mais en faisant ressortir l’arrière plan des fêtes et des foires flamandes ; c'était seulement la fin du folklore paysan, pas encore le sacre de la nature. Avec Constable, la nature devient le sujet principal, le paysage devient le portrait du peintre romantique. Mais le romantisme porte déjà en lui le ressort de son dépassement : la recherche de la vérité vraie sape les fondements du romantisme artistique ; le rêve ou la mélancolie d'une nature émancipée, redevenue elle-même, se réfugie dans la vérité positive, dans une vérité scientifique qui nie la rêverie. Comme une fatalité, le réalisme succédera au romantisme.

jeudi, 01 décembre 2005

La démocratie dans les alcôves

Pour nos modernes professeurs de morale, il n’est qu’une seule limite à la liberté sexuelle : le consentement mutuel. Entre adultes consentants est le nouveau credo que tout le monde connaît par cœur. Autrement dit, tout est possible à condition d’en avoir la permission. Cette plaisante conception de la liberté se trouve déjà chez Chamfort : "Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne : voilà, je crois, toute la morale." C’est l’introduction de la démocratie dans les alcôves - le Siècle des Lumières a décidément pensé à tout.

10:30 Publié dans Eros | Lien permanent | Envoyer cette note

mardi, 29 novembre 2005

Une limite raisonnable

La liberté de faire l’amour s’arrête là où commence la migraine de l’autre.

10:20 Publié dans Eros | Lien permanent | Envoyer cette note

lundi, 28 novembre 2005

Le mystère Monsù Desiderio

Les tableaux de Monsù Desiderio ne sont pas seulement de belles marqueteries à contempler. Il y a de la métaphysique derrière cette physique toute baroque, de l'ésotérisme encore à percer derrière cet esthétisme très daté. Ce monde-là, comme celui de Piranèse qu'il annonce, est entre la rêverie et le cauchemar, la vision et la prophétie, et la question reste ouverte sur les intentions, métaphysiques ou politiques, de ces deux peintres qui n'en font qu'un, ajoutant ainsi du mystère au mystère. Bref, c'est le mystère fait art.

vendredi, 25 novembre 2005

La vérité du secret

Nous n’avons jamais de secrets que pour nos proches. Les secrets nous protègent de ceux qui nous connaissent.

12:10 Publié dans Sophia | Lien permanent | Envoyer cette note

mercredi, 23 novembre 2005

Entre hommage et profanation

Devant un beau corps de femme, on hésite toujours entre l’hommage et la profanation.

10:16 Publié dans Eros | Lien permanent | Envoyer cette note

dimanche, 20 novembre 2005

Mesure des soucis

Il faut avoir assez de soucis pour ne pas trouver la vie courte, mais pas trop pour ne pas la trouver longue.

10:30 Publié dans Sophia | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : moralistes