samedi, 15 novembre 2025
Le néo-campagnard contre les cloches des églises
Le néo-campagnard est une variation de l'homme postmoderne qui ne supporte rien qui ne vienne de lui ou qu'il n'ait choisi lui-même. Tout ce qui ne fait pas son bonheur ou son confort échappe à son entendement. Lorsqu'il ne pratique pas le bruit comme un instrument de conquête symbolique, il n'est même pas un amateur de silence ; il est seulement un consommateur de quiétude.
15:08 Publié dans Civilisation | Lien permanent
samedi, 01 novembre 2025
Des spectres et du lucre
Il aura fallu une ou deux décennies à Halloween pour prendre racine en France. Par un drôle de miracle, cette fête païenne et mercantile qui se célèbre partout – même dans les services publics – échappe, mieux que la Toussaint ou même Noël, aux fourches caudines de la laïcité. Nous avons là pourtant l'expression d'un paganisme noir, capté par l'économie capitaliste, qui, tout en circonvenant les enfants avec des friandises de mauvais goût, véhicule des symboles malséants, malsains et ouvertement mortifères, et cela avec – au pire – la complicité amusée des adultes ou – au mieux – leur indifférence résignée. C'est dire à quel degré d'inconscience (sans même parler de l'ignorance du sacré et de l'ordre symbolique) sont parvenus, bien au-delà du simple divertissement, nos contemporains.
14:54 Publié dans Jeu de massacre | Lien permanent
samedi, 02 août 2025
Un péril pour la civilisation
Le divertissement n'est pas nécessairement synonyme de déclin ou même de décadence, car il participe avant tout de la civilisation des mœurs en éloignant l'humanité de la violence primitive ou en la détournant de la pulsion de mort. Mais il peut l'être à partir du moment où il absorbe toute la vie humaine, et c'est ce qu'il fait de nos jours à travers l'omniprésence des écrans. Ceux-ci sont devenus l'instrument d'un divertissement permanent, intrusif, exclusif et donc tyrannique, qui, pour cette raison même et par un étrange retournement, mine les fondements de la civilisation.
10:02 Publié dans Divertissement | Lien permanent
mardi, 15 juillet 2025
La Connexion permanente ou la fin du temps libre
Les congés d'antan ne sont plus : la connexion permanente a tout changé. Le temps supposément libre qui était un temps pour consommer seulement par intermittence est devenu, à quelques moments près, un temps pour rester connecté en permanence. Il n'est plus désormais qu'un temps unique (hors du temps du sommeil) pendant lequel nous sommes proprement reliés au monde pour pouvoir consommer de la donnée numérique (miracle de la postmodernité : la connexion est une forme de consommation qui se suffit à elle-même) et en nourrir par là même les opérateurs qui prétendent vouloir nous libérer de toute distance ou de tout effort. Congés ou pas, notre temps, bon gré, mal gré, leur appartient, ne nous y trompons pas.
10:41 Publié dans Civilisation | Lien permanent
dimanche, 29 juin 2025
Vitesse et Oubli
L'époque moderne ne cultive pas la vitesse pour traverser le temps sans laisser de trace et ainsi se faire oublier, comme si elle avait honte d'elle-même. Tout au contraire, elle a besoin de l'oubli pour se persuader de sa supériorité sur les époques passées. L'oubli délibéré de ce qui a précédé lui permet – contrairement à la mémoire – de ne pas douter d'elle-même. Le doute méthodique a beau se trouver à l'origine de la modernité, celle-ci repose – ou reposait – aussi sur une absolue foi en elle-même.
11:42 Publié dans Civilisation | Lien permanent
dimanche, 22 juin 2025
Le Comble du divertissement contemporain
La mort a ceci de commun avec la vie (ou le désir) qu'elle s'insère partout quand on l'a chassée. Le comble, c'est qu'elle revient alors par le divertissement. Alors que la mort réelle a été bannie de la vie sociale et même de l'intimité des familles (on ne meurt plus chez soi et on ne veille plus les morts), la mort virtuelle l'a remplacée jusqu'à devenir omniprésente dans la culture de divertissement. Et c'est parce qu'on ne croit plus à la vraie mort que paradoxalement la violence, pas seulement symbolique et souvent gratuite, se déchaîne.
11:20 Publié dans Divertissement | Lien permanent
dimanche, 15 juin 2025
Un sacrifice sans sacré
Le tatouage contemporain marque moins le passage de la norme à la marge qu'un retour à la norme primitive. C'est un signe de reconnaissance immédiat, le marquage d'une frontière symbolique, l'encrage d'une identité qui peut être individuelle, plurielle ou tribale. Mais à la différence des peuples premiers, il y a aussi une inconscience dans le jeu des signes et des symboles qui dépasse des individus contemporains sans croyance véritable ni culture autre que superficielle, ignorants de la puissance de la représentation et donc perdus dans la recherche d'un sacré réduit au sacrifice de leur épiderme.
00:29 Publié dans Civilisation | Lien permanent
mardi, 10 juin 2025
Le Vice et la Pathologie
La morale s’est tellement effacée que ce qui devrait en relever au titre du libre arbitre est passée sous le pavillon de la santé. C’est toute la gamme des vices qui, au lieu d’être rattachée génériquement à l’immoralité ou même seulement à l'immodération, ne trouve plus sa place que dans le tableau des pathologies. Ainsi, la gourmandise n’est plus considérée comme un excès d’un point de vue moral, mais seulement d’un point de vue clinique pour son résultat : le diabète ou l’obésité. Et comme il n’y a plus de prescriptions morales, il n’y a plus que des traitements médicaux.
10:40 Publié dans Médication | Lien permanent
vendredi, 30 mai 2025
Du bon art de vivre
L'art de vivre n'est jamais qu'une manière de perdre son temps sans déplaisir.
11:48 Publié dans Sophia | Lien permanent | Tags : aphorismes
samedi, 24 mai 2025
Un mal épidémique
L'obésité devient un mal épidémique à l'échelle du monde. L'universalisation du modèle de la restauration rapide n'en est pas la cause unique. D'un point de vue moral, l'obésité est un des effets du dérèglement du moi. Entre les écrans et la malbouffe, le moi est porté au gonflement de lui-même. Il se libère du surmoi pour devenir un supermoi, hors de toute mesure. Mais la liberté expansive de soi n'a qu'un temps, car viennent les ennuis, les complexes, les pathologies, et parfois même la mort avant l'âge. Quelle étrange civilisation où l'on meurt de trop manger... Un retournement inouï.
00:25 Publié dans Civilisation | Lien permanent

