jeudi, 22 juin 2006
Solstice d'été
Les jours commencent à raccourcir dès le premier jour de l'été : belle métaphore du destin des civilisations.
12:00 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : sentences
mercredi, 14 juin 2006
L'insomnie contre le néant
L’abandon au sommeil est une forme de suicide. L’insomniaque est le contraire d’un suicidaire.
23:00 Publié dans Ultima ratio | Lien permanent | Tags : sentences
L'aveu de Cioran
Nul besoin de chercher loin la mauvaise foi de Cioran. Le choix du mot « syllogisme » pour ses Syllogismes de l’amertume est à lui seul un aveu.
11:31 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent | Tags : cioran
mercredi, 31 mai 2006
Klimt vu par Ruiz
Le cinéma de Ruiz s’adresse à des initiés. Nul didactisme chez lui, ni volonté d’édification. Pas plus que Le Temps retrouvé n’était une adaptation de Proust, Klimt n’est une biographie filmée. Tout juste peut-on parler d’évocation, d’une époque tout autant que d’un peintre. Le terme qui convient le mieux est encore celui de rêverie. Une rêverie autour de Klimt.
Le film s’ouvre, au son d’une fausse musique de Mahler, sur un tableau du peintre représentant une femme du monde dans une attitude hiératique. Le portrait tourne sur lui-même comme pour annoncer le délire d’un Klimt agonisant dans sa chambre d’hôpital, à la fin de la Grande Guerre. Avec à son chevet, un Schiele dévot, pervers, presque aussi délirant que lui.
Klimt, mieux qu’un chapelet de ressouvenirs, est une suite de souvenirs rêvés, où tout s’ordonne selon la logique mêlée de la mémoire et du rêve. Les faits réels se recomposent par association d’images et d’idées. La peinture de Klimt renvoie au cinéma de Méliès, les modèles aux actrices, Vienne à Paris. Une dame parisienne à l’identité incertaine fait le lien entre les deux capitales, unifie la vie du peintre et la liberté du cinéaste. Ruiz accorde l’érotisme klimtien avec ses propres représentations de la libido, déjà révélées par Généalogies d’un crime.
A côté des alcôves agencées dans le style 1900, l’atelier du peintre comme il se doit occupe une place centrale, où les détails authentiques, connus par la photographie, se joignent à des éléments imaginaires comme la pluie de feuilles d’or provoquée par un claquement de porte. Les femmes y défilent, des modèles surtout, devenues pour certaines des maîtresses entretenues, dans une ronde étourdissante de chairs et de toilettes qui ne doit pas qu’à l’imagination du réalisateur.
Le charme néanmoins n’agit pas toujours. Discutable est le choix, motivé par un symbolisme trop explicite, d’un café viennois plus rêvé que reconstitué, où Klimt côtoie quelques figures emblématiques de la modernité viennoise (une contre-modernité en vérité). Le café, lieu névralgique s’il en est de la « Vienne 1900 », apparaît comme un théâtre d’images où le cliché voisine avec la scène symbolique. Des noms, aux pouvoirs censément magiques, y sont lancés sans retenue ni mesure. Le procédé consistant à associer des noms secondaires (Bahr, Moritz) à quelques noms phares (Loos, Wittgenstein) n’atténue pas l’impression de mauvaise représentation.
Fort heureusement, le sourire interrompt l'ennui qui, à de certains moments, envahit le spectateur. Le film est près de la farce lorsqu'il a pour cadre l'hôpital ou le café. Le personnage de Klimt est drôle quand il tourne en dérision la xénophobie d'une maîtresse juive, et la scène où éclate, après un repas convenu, la folie de sa mère et de sa soeur est irrésistible. Plaisante aussi est la trouvaille de ce personnage de fonctionnaire entremetteur qui suit le peintre à la trace, comme une ombre détachée de lui-même - Ruiz a lu les romantiques allemands.
A l’extrême fin, le symbolisme parfois pesant du film atteint à une forme de grâce naïve lorsqu’une petite fille doit accompagner le peintre vers la mort. Mais que reste-t-il de Klimt ? Sa manière a été à peine montrée, et son âme tout juste effleurée. Ruiz a fait un beau film, plastiquement remarquable, sans être allé aussi loin dans l’étude d’un grand peintre que le Van Gogh de Pialat ou même (un comble !) le Pollock de Harris.
23:15 Publié dans Kino | Lien permanent | Tags : klimt, ruiz
jeudi, 04 mai 2006
La médiocrité et la folie
En tout un chacun, il y a une part de médiocrité et une part de folie. Il faut réduire l’une et réserver l'autre aux choses anodines.
12:46 Publié dans Sophia | Lien permanent | Tags : maximes
Une philosophie du désastre
Le stoïcisme est une philosophie du désastre qui se donne une apparence de sérénité.
11:00 Publié dans Philosophia | Lien permanent | Tags : sentences, stoïcisme, marc aurèle
mercredi, 26 avril 2006
Pourriture noble
La civilité est la pourriture noble de la vitalité.
15:00 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : sentences
samedi, 15 avril 2006
La bile jubilatoire de Jean Clair
Il ne faut pas s’effrayer du titre du dernier livre de Jean Clair. Il n’est rien de plus jubilatoire que son Journal atrabilaire. Une langue riche et savoureuse, des notations mordantes, parfois précieuses, rarement convenues, révèlent un authentique écrivain.
Le jugement de Clair sur l’époque a beau être sévère, implacable même, il ne s’interdit pas de sourire. Il a l’ironie d'un professeur de bon goût qui distribue mauvaises notes et zéros pointés. Toutefois, il n'est pas que dans la posture du vieux con en chaire, de l'érudit mauvais coucheur. Il se montre sensible à l’évocation du milieu modeste d’où il vient. Sous la cuirasse de l'homme établi, perce une émotion sincère, désespérée : celle de voir s'effondrer le monde où, jeune, il rêvait de s'élever.
Rien de contemporain ne trouve grâce à ses yeux. La modernité n’est pas honnie, seulement la contemporanéité. Mais tout y passe : l’omniprésence du bruit, la tonitruance du téléphone portable, l’invasion du tag, la vacuité de la télévision, la désodorisation du corps, la désarticulation de la langue, la dégradation physique de la France. Même les musées se mettraient à ressembler à des cénotaphes. Tel est le sombre tableau de l’époque peint, sur le mode impressionniste, par un mélancolique plus près de la bile que du spleen.
On y trouve quelques touches claires néanmoins : le voyage en avion, qui évoquerait le désert des ermites, et le voile musulman, qui contrebalancerait la tyrannique impudeur d’aujourd’hui tout en rappelant l’innocent fichu d’autrefois. Mais Clair n’est-il pas là dans le paradoxe ou la naïveté ? On en vient à se demander s’il n’est pas seulement dans une posture bilieuse ou s’il n’en reste pas, comme certains réactionnaires de papier, à la prémisse pour s’éviter de conclure.
00:00 Publié dans Lettres | Lien permanent | Tags : réactionnaires, clair, mélancolie
jeudi, 06 avril 2006
Pater doloroso
Les mères remplacent parfois les pères, les matronymes les patronymes, le matrimoine le patrimoine. Que reste-t-il aux pères ? L’espoir de connaître un jour la maternité.
18:00 Publié dans Masculin/Féminin | Lien permanent | Tags : aphorismes
mercredi, 05 avril 2006
Un ancêtre maudit
Le préjugé est l'ancêtre maudit du principe de précaution.
18:50 Publié dans Succédanés | Lien permanent | Tags : sentences