Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 21 septembre 2005

Le souci de l'autre

Il n’est pas une règle de politesse qui ne soit commandée par le souci de l’autre. A cette authentique philosophie de l’Autre, à cette seule morale efficace qu’est la politesse, on préfère pourtant un discours sur l’Autre qui n’est ni authentique ni efficace, seulement incantatoire et imbécile.

10:50 Publié dans Succédanés | Lien permanent

samedi, 17 septembre 2005

Jouhandeau ou le vice ajouté à Silesius

Il y a du Silesius en Jouhandeau – celui de l’Algèbre des valeurs morales. La preuve par cette formule : « Dieu est grand et moi aussi. » Mais il est une chose chez Jouhandeau qu’on ne trouve pas chez Silesius, c’est l’orgueil du vice.

10:30 Publié dans Gloria | Lien permanent | Tags : jouhandeau, silesius

jeudi, 15 septembre 2005

Gustave Moreau en son musée

Le musée Gustave Moreau est situé près de la Trinité, dans le beau quartier qu’on appelle la Nouvelle Athènes depuis les années 1820. L’ancienne maison-atelier de Moreau abrite le musée. Elle a été transformée à cet effet du vivant même du peintre. Certaines pièces, depuis, ont été réaffectées, et de nouvelles ont été créées. L’appartement du premier étage est un intérieur bourgeois bien de son temps, contrastant avec le faste de sa peinture. La chambre et le boudoir sont à eux seuls un musée de souvenirs en même temps qu’un musée des œuvres des amis de Moreau, des peintres eux-mêmes : Chassériau, Degas et Fromentin notamment. Il est frappant de voir à quel point Moreau, Chassériau à part, leur est éloigné par la peinture. Deux femmes ont régné sur lui : sa mère et sa maîtresse, Alexandrine Dureux. On n’ose imaginer la cohabitation entre les deux femmes ; mais on comprend leur place, leur influence, leur ascendant peut-être. Tout cela a un parfum de matriarcat.

Les deuxième et troisième étages correspondent à l’ancien atelier où désormais sont exposées les œuvres de Moreau, peintures, dessins, sculptures. Le deuxième étage est celui des peintures monumentales, parfois pompières, parfois remarquables, dont une retient particulièrement l’attention : Les Prétendants. C’est une représentation symbolique du pouvoir, sacralisé à l’antique, mais environné par le crime. La sacralité est là pour lui conserver une apparence de pureté, mais c’est bien une impression de désacralisation qui l’emporte. Le Prométhée foudroyé aussi est une belle chose, où le titan s’effondre sous les coups d’un ciel vidé de ses dieux. Deux versions sont proposées des Chimères : une noire, presque indéchiffrable, non loin de la blanche, la plus connue. La mythologie ici est noyée dans un enchevêtrement de chairs qui ressemble assez à une orgie.

Au troisième étage, se trouvent de nombreuses œuvres remarquables, parmi les plus fameuses du peintre : les variations autour de Salomé, La Vie de l’humanité, Le Triomphe d’Alexandre le Grand. Cette dernière œuvre est encore celle qui fascine le plus. Il s’agit du triomphe indien d’Alexandre, du dernier triomphe correspondant à la plus grande expansion de son empire. Alexandre est installé sur un trône monumental dans un paysage sombre et montagneux de l’Inde du Nord. Moreau a couvert le tableau de lignes blanches, géométriques, caractéristiques de l’art indien, pour situer le lieu du triomphe. On y sent la fin de la conquête, la fatigue du conquérant, la fragilité de l’empire. D’autres œuvres méritent d’être mentionnées : la réplique d’un tableau de Carpaccio, une série sur Léda, une autre sur la débauche. L’érotisme qui occupe une grande place chez Moreau est toujours débridé ou tragique. Sous le regard de la mère et de la maîtresse, il semble hésiter entre la liberté et la malédiction.

14:30 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Tags : moreau

lundi, 12 septembre 2005

Les bonheurs imaginaires ou présumés

Selon La Rochefoucauld, « On n’est jamais si heureux ni si malheureux qu’on s’imagine. » Balzac, semblant lui répondre, dit presque la même chose : « Nous ne sommes jamais ni si malheureux, ni si heureux qu’on le dit. » Balzac est moins fin que La Rochefoucauld, mais les deux ont raison. En matière de bonheur comme de malheur, la rumeur se trompe comme l’imagination.

samedi, 10 septembre 2005

Disqualification

L'écrivain qui lit devrait être déclassé, considéré comme un tricheur.

11:35 Publié dans Lettres | Lien permanent | Tags : sentences

mardi, 06 septembre 2005

Moderne tartufferie

Certains acteurs réconcilient le goût du lucre avec leurs idées généreuses en prêtant leur image à la promotion des services publics. Et lorsqu’ils la prêtent à de grandes marques, ils se font payer très cher pour se donner l’impression de faire payer les riches.

11:05 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent

samedi, 03 septembre 2005

Pour ou contre Houellebecq ?

Quitter ses Tartares pour entendre ou lire les tartarinades de la rentrée en valait-il la peine ? Toute la logosphère, et non seulement la blogosphère, retentit du nom de Houellebecq et de sa dernière farce postmoderne. Faut-il que le monde des lettres soit tombé si bas pour proposer à la France entière, sinon au monde, une aussi misérable bataille d’Hernani : pour ou contre Houellebecq ?

Et s’il fallait n’être ni l’un ni l’autre ? Ni pour, car l’auteur, moitié farceur, moitié faiseur, bien plus malin que maladroit, n’a pas besoin qu’on ferraille pour lui. Ni contre, car son œuvre encore en devenir ne mérite pas les jugements définitifs que prononcent les Fouquier-Tinville de la vieille ou de la jeune critique. Ni admiration béate, ni franche détestation.

Houellebecq à l’évidence est plus intéressant que son phénomène. Pas seulement parce qu’il a réglé son compte à la révolution des mœurs d’après 68 dans ses livres précédents. Pas seulement parce qu’il est à sa manière un auteur-reflet de l’époque. Pas seulement parce qu’il fait déjà école – souvent pour le pire. Mais parce qu’il parcourt des terres non encore défrichées, ou si peu, par la littérature.

Il y a certes de quoi rester perplexe devant les livres de Houellebecq. Les lettrés n’y retrouvent ni l’élégance ni les jeux de miroir auxquels ils sont habitués. Pour l’élégance, on peut le regretter, mais elle se fait plutôt rare ces temps-ci. Pour les jeux de miroir, il en est pourtant, dont certains dépassent l’auteur lui-même.

Houellebecq semble préférer Schopenhauer à Nietzsche. C’est un choix philosophique contre lequel l’Université ne peut rien, et que rend sympathique le deleuzisme qui y sévit depuis trop longtemps. Au fond, il prend son parti du nihilisme contemporain sans croire comme Nietzsche ou Heidegger à une sortie possible. Houellebecq paraît d’une misogynie de système qui évoque Strindberg plus encore que Montherlant. Il se pourrait pourtant, à tout prendre, que le salut vînt des femmes chez Houellebecq. En tout cas, même outrancière, la misogynie nous change de cet amour universel auquel nous condamnent désormais les droits de l’homme.

La nouveauté de Houellebecq n’est pas dans le bricolage génétique déjà abordé dans Le Meilleur des mondes. A cet égard, il faut en convenir, rien de nouveau sous le soleil de Huxley. La nouveauté est plutôt dans l’évaluation de cette post-humanité qu’envisageait Nietzsche pour le meilleur. Ici, elle est envisagée pour le pire. L’horizon n’est plus un surhomme encore mortel dans le monde de l’éternel retour, mais un homme immortel dans la chaîne sans fin d’une reproduction à l’identique, au prix d'une déperdition d'humanité. Les premières expériences de clonage sont venues s’intercaler entre les deux. Aujourd’hui, Nietzsche et Heidegger doivent être repensés à la lumière de la révolution génétique.

Houellebecq en est très loin, et La Possibilité d’une île est de surcroît le plus mauvais titre qui se pouvait trouver. Mais son mérite est de faire entrer dans la littérature ce qui n’appartenait naguère qu’aux généticiens ou à quelque philosophe allemand à la mode, au nom imprononçable.

09:50 Publié dans Lettres | Lien permanent | Tags : schopenhauer

lundi, 15 août 2005

Sous le soleil de Satan : la belle inspiration de Pialat

Evidemment, le livre de Bernanos est plus riche que le film. Certaines scènes, certains personnages du livre n'apparaissent pas dans le film. Il manque aussi les pensées obscures de l'abbé Donissan, les tentations impies et pies du vieil académicien, un personnage absent du film.

Pourtant, Pialat n’est pas à blâmer ; tout au contraire, son film est magnifique. Aussi magnifique qu’un tel film, une adaptation difficile, pouvait l’être. Certaines scènes du roman - l’entrevue de Mouchette avec son amant député au lendemain du crime, la rencontre entre l’abbé Donissan et Mouchette au petit matin, le port du cadavre de Mouchette jusqu’à l’autel de l’église, le soulèvement et la résurrection de l’enfant mort - sont merveilleusement rendues. De toutes cependant, la plus réussie, la plus saisissante, la plus fascinante est l’entretien avec le diable : par une nuit de pleine lune, le Tentateur masqué en maquignon surgit de l’ombre, s'offre comme guide à un abbé Donissan perdu et épuisé, cherche à le corrompre, l'embrasse par surprise et dévoile ainsi sa vraie nature, avant d’entendre l'abbé lui dire : « Retire-toi, Satan ! »

Plus loin, on y entend aussi la voix la plus déchirante de l’abbé Donissan : « Nous sommes vaincus, vous dis-je ! Vaincus ! Vaincus ! » L’homme est vaincu, et Dieu avec lui, face au « Prince du monde », au prince de ce monde. Il n’y a rien à faire. Le malin s’insinue partout, se niche y compris au cœur du bien, irrémédiablement. Quoiqu’on fasse, c’est lui qui gagne, ici-bas, qu’on soit ou qu’on croie être avec Dieu. La joie, c’est lui ; la tristesse, encore lui ; l’espoir ou le désespoir, toujours lui. L’adorateur de Dieu n’est pas moins pécheur que l’apostat. Le ministre du Seigneur n’est pas plus saint que le serviteur du Prince. Le pécheur est l’ami, le frère du saint homme.

01:57 Publié dans Kino | Lien permanent | Tags : bernanos

samedi, 13 août 2005

Nietzsche vs saint Augustin

Deux cosmologies, deux visions antagonistes : celle d'un monde fini et celle d'un monde infini. L'éternel retour du même contre l'éternel surgissement du nouveau, Nietzsche contre saint Augustin. L’éternel retour pour Nietzsche est d’abord une expérience philosophique, vécue comme une révélation métaphysique (à Sils). Par cette expérience, Nietzsche fait passer l'éternel retour du domaine mythique au domaine mystique. Ainsi le religieux n’est-il pas là où on l’attend. Car pour l'autre vision cosmologique, saint Augustin recourt à une quasi-philosophie de l'histoire avant la lettre pour mettre en évidence le rapport entre l'infini de Dieu et le fini humain dans ce temps linéaire, tendu vers ses fins dernières, qu'est l'histoire des hommes. C'est Nietzsche mystique et saint Augustin philosophe.

19:49 Publié dans Philosophia | Lien permanent | Tags : saint augustin, nietzsche

Galanterie et parité

La meilleure façon de concilier galanterie et parité est encore de laisser passer une femme sur deux devant soi.

10:25 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : parité