samedi, 08 octobre 2005
La fausse liberté du libertin
Le libertin n’est pas libre ; c’est la nature qui est libre en lui.
09:55 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent | Tags : sentences
vendredi, 07 octobre 2005
La fausse vertu des pauvres
On dit volontiers des pauvres qu’ils sont moins égoïstes que les riches, mais ne rêvent-ils pas de devenir riches ?
15:55 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent | Tags : sentences
jeudi, 06 octobre 2005
Le bon mot (2)
Le deuxième bon mot est généralement la nostalgie du premier.
10:40 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : sentences
lundi, 03 octobre 2005
Deux moralistes sous l’œil de Nietzsche
Chamfort a le sens de l’observation quand La Rochefoucauld a le sens de l’introspection. L’un s’attache surtout à la société, l’autre à l’âme humaine. Chamfort est plus empiriste que moraliste. Et son empirisme l’empêche parfois de se libérer de l’empire des apparences.
Nietzsche ne s’y trompe pas, qui invoque plus volontiers La Rochefoucauld que Chamfort. De tous les moralistes français, La Rochefoucauld est peut-être celui qui, avec Montaigne, a les plus grandes faveurs de Nietzsche. Pas seulement parce qu’il est un duc authentique – et le fils de pasteur roturier (tant pis pour ses faux ancêtres nobles polonais !) n’est insensible ni à l’esprit d’Ancien Régime ni même aux titres de noblesse. La Rochefoucauld, en débusquant le vice sous la vertu, inspire un Nietzsche clinicien qui décèle la maladie derrière l’apparente bonne santé de la civilisation.
Au fond, le double regard de La Rochefoucauld, qui toujours voit les motifs cachés à l’inverse des principes proclamés, se retrouve avec un perspectivisme historique au principe même de La Généalogie de la morale. C’est pourtant ailleurs, dans Le Gai savoir ou dans les notes marginales des Fragments posthumes que le grand duc moraliste se trouve cité. Et il l’est toujours d’une manière lapidaire, sans autre forme de protocole, comme s’il s’agissait là d’une évidence, d’une indispensable référence.
Par contraste, Nietzsche réserve un tout autre traitement à Chamfort, et la raison dépasse le seul retour aux préjugés d’Ancien Régime. Son rapport au moraliste révolutionnaire, qui a préféré le suicide à la guillotine, est à la fois sans ambiguïté et de regret. L’on songe aussi à Pascal : si (pour Nietzsche) l’esprit de Pascal est gâté par le christianisme (la morale de l’esclave), celui de Chamfort l’est par l’idée révolutionnaire (l’instinct de la foule). Avec une admiration mêlée de regret, Nietzsche n’en tient pas moins Chamfort pour le plus spirituel des révolutionnaires et, à cause de cela, pour le principal responsable de la séduction exercée par la Révolution sur les esprits français et européens.
« […] il y avait en lui un instinct qui était plus fort que sa sagesse et que rien n’avait apaisé : la haine de la noblesse de race. […] S’il était demeuré plus philosophe d’un degré, la révolution aurait perdu son esprit, sa pointe tragique, son aiguillon le plus acéré : elle serait considérée comme un événement bien plus bête et séduirait moins les esprits. » (Le Gai savoir, § 95, trad. d’A. Vialatte)
Même de son cher Voltaire, incarnation même du bel esprit français, il n’en dit pas autant. Mais il est vrai, et Nietzsche l’a compris, Voltaire n’eût pas été révolutionnaire.
22:33 Publié dans Philosophia | Lien permanent | Tags : moralistes, montaigne, la rochefoucauld, chamfort, nietzsche, pascal
dimanche, 02 octobre 2005
Distinction
Qu’est-ce qui distingue le misogyne du machiste ? La distinction.
23:00 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : sentences
Le moraliste et la morale
Le moraliste s'attaque moins à la vérité de la morale qu'à la morale de la vérité.
11:30 Publié dans Faux-semblants | Lien permanent | Tags : moralistes, sentences
vendredi, 30 septembre 2005
Le bon mot
Un bon mot doit presque tout au hasard de la langue et à la nécessité des circonstances.
13:25 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : sentences
lundi, 26 septembre 2005
Impunité
La longue vie de Cioran est la preuve qu'on peut pester contre la vie sans en subir les conséquences.
15:20 Publié dans Blasphème | Lien permanent | Tags : cioran
dimanche, 25 septembre 2005
Le dernier mot
Il est bon d'avoir le dernier mot ; mais seuls les imbéciles tiennent à l'avoir absolument.
11:50 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Tags : maximes, sentences
samedi, 24 septembre 2005
Buzzati vs Kafka
Buzzati n’est pas aussi grand que Kafka. Son Désert des Tartares pourtant soutient la comparaison avec Le Château. A certains égards, il a même sur l’autre un avantage qui plaît aux tenants de l’absurde : le monde de Drogo est débarrassé du fatras théologique qui, en creux, encombre, domine celui de K. l’arpenteur. L’idée du château n’est pas qu’un clin d’œil géographique ou biographique ; elle est un symbole presque trop transparent de ce qui ne l’est pas tout à fait. La transcendance ici a beau être incertaine, elle n’en a pas moins les attributs de la transcendance classique : elle est invisible, inaccessible, sans doute idéelle. Chez Buzzati, rien de la sorte, pas de transcendance cachée, pas de quête impossible, pas même de déréliction : l’homme est seul avec sa vie, sans nostalgie de Dieu, sans espérance hors du monde terrestre. Si K. est un Kafka qui pourrait être tout le monde, Drogo est l’homme moyen que n’était peut-être pas Buzzati lui-même.
Buzzati n'est pas dans l'allégorie comme Kafka, mais dans le réalisme symbolique. Peut-on même parler de symbolisme ? Le Désert des Tartares ne redouble pas Le Château. Philosophiquement, l'un est horizontal quand l'autre est vertical. Le roman de Buzzati est pur de tout symbolisme religieux, sans flou métaphysique. Il s'attache à la vie simple, à l'arête de l'existence pour décrire une ligne de vie sans ligne de fuite. Son monde est comme un paysage sans ciel. La vérité est bien ici-bas, dans la vie présente, mais Drogo qui le savait déjà n’en prend l’entière mesure que trop tard. Il a passé sa vie à attendre, à regarder devant lui et quand il s’en rend compte, elle est déjà derrière lui – il n’a pas vécu. L'arrivée des Tartares ne l'intéresse plus. Les Tartares ne sont que la vie après laquelle on court, l'événement extraordinaire mais terrestre qu’on espère. L'autre vérité qu'il lui reste à accepter, non pas derrière, mais devant lui, c'est la mort. Et tandis que K. finit par perdre son sourire dans sa quête sans fin, Drogo accueille la mort avec un sourire qui n’attend plus rien.
17:40 Publié dans Lettres | Lien permanent | Tags : kafka, buzzati