vendredi, 22 décembre 2006
Gustave Moreau en son musée
Le musée Gustave Moreau est situé près de la Trinité, dans le beau quartier qu’on appelle la Nouvelle Athènes depuis les années 1820. L’ancienne maison-atelier de Moreau abrite le musée. Elle a été transformée à cet effet du vivant même du peintre. Certaines pièces, depuis, ont été réaffectées, et de nouvelles ont été créées. L’appartement du premier étage est un intérieur bourgeois bien de son temps, contrastant avec le faste de sa peinture. La chambre et le boudoir sont à eux seuls un musée de souvenirs en même temps qu’un musée des œuvres des amis de Moreau, des peintres eux-mêmes : Chassériau, Degas et Fromentin notamment. Il est frappant de voir à quel point Moreau, Chassériau à part, leur est éloigné par la peinture. Deux femmes ont régné sur lui : sa mère et sa maîtresse, Alexandrine Dureux. On n’ose imaginer la cohabitation entre les deux femmes ; mais on comprend leur place, leur influence, leur ascendant peut-être. Tout cela a un parfum de matriarcat.
Les deuxième et troisième étages correspondent à l’ancien atelier où désormais sont exposées les œuvres de Moreau, peintures, dessins, sculptures. Le deuxième étage est celui des peintures monumentales, parfois pompières, parfois remarquables, dont une retient particulièrement l’attention : Les Prétendants. C’est une représentation symbolique du pouvoir, sacralisé à l’antique, mais environné par le crime. La sacralité est là pour lui conserver une apparence de pureté, mais c’est bien une impression de désacralisation qui l’emporte. Le Prométhée foudroyé aussi est une belle chose, où le titan s’effondre sous les coups d’un ciel vidé de ses dieux. Deux versions sont proposées des Chimères : une noire, presque indéchiffrable, non loin de la blanche, la plus connue. La mythologie ici est noyée dans un enchevêtrement de chairs qui ressemble assez à une orgie.
Au troisième étage, se trouvent de nombreuses œuvres remarquables, parmi les plus fameuses du peintre : les variations autour de Salomé, La Vie de l’humanité, Le Triomphe d’Alexandre le Grand. Cette dernière œuvre est encore celle qui fascine le plus. Il s’agit du triomphe indien d’Alexandre, du dernier triomphe correspondant à la plus grande expansion de son empire. Alexandre est installé sur un trône monumental dans un paysage sombre et montagneux de l’Inde du Nord. Moreau a couvert le tableau de lignes blanches, géométriques, caractéristiques de l’art indien, pour situer le lieu du triomphe. On y sent la fin de la conquête, la fatigue du conquérant, la fragilité de l’empire. D’autres œuvres méritent d’être mentionnées : la réplique d’un tableau de Carpaccio, une série sur Léda, une autre sur la débauche. L’érotisme qui occupe une grande place chez Moreau est toujours débridé ou tragique. Sous le regard de la mère et de la maîtresse, il semble hésiter entre la liberté et la malédiction.
14:30 Publié dans Beaux-arts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : peinture, histoire de l'art
lundi, 18 décembre 2006
Mesure des soucis
Il faut avoir assez de soucis pour ne pas trouver la vie courte, mais pas trop pour ne pas la trouver longue.
10:30 Publié dans Sophia | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Moralistes
mardi, 12 décembre 2006
La bonne fortune de Zweig
Zweig n’a rien pour intéresser nos contemporains. C’est un auteur délicat, subtil, mais aussi naïf et sentimental. Le monde aristocratique qu’il décrit est oisif, veule, obscurément tourmenté, aimablement désuet. C’est un monde de conventions et de sentiments faits pour les délicats et les privilégiés. Mais comment expliquer alors la fortune persistante de Zweig en des temps voués à la dérision et à la vulgarité ? Comment expliquer l’étonnante indulgence des critiques et l’engouement jamais démenti des lecteurs ? Les premiers, jamais en mal de bons sentiments, en dépit des apparences, pensent peut-être, sans pouvoir s’en détacher, à la fin tragique de Zweig ; les seconds, souvent de jeunes bourgeoises, il faut bien le reconnaître, rendent hommage au sentimentalisme et à la mièvrerie de ses nouvelles. Si l’on veut bien les comparer, Zweig semble avoir quelques avantages sur Proust. Tous deux peignent une société perdue ou en perdition. Tous deux ont le goût et les raffinements d’une aristocratie à laquelle ils n’appartiennent pas. Mais à défaut de génie, Zweig continue d’avoir les faveurs d’un public qu’on ne trouve pas aussi nombreux et juvénile du côté de Proust. L’Autriche crépusculaire de l’un a peut-être plus de charme que les grands salons parisiens de l’autre. Mais la raison, l’inavouable raison est ailleurs : Zweig est plus bref que Proust.
14:40 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : littérature
dimanche, 03 décembre 2006
Devinette
Elle réjouit à la fois les hommes et les femmes, les machistes et les féministes, les ironistes et les rabat-joie. Qui est-elle ?
10:55 Publié dans Divertissement | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note


