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mardi, 12 décembre 2006
La bonne fortune de Zweig
Zweig n’a rien pour intéresser nos contemporains. C’est un auteur délicat, subtil, mais aussi naïf et sentimental. Le monde aristocratique qu’il décrit est oisif, veule, obscurément tourmenté, aimablement désuet. C’est un monde de conventions et de sentiments faits pour les délicats et les privilégiés. Mais comment expliquer alors la fortune persistante de Zweig en des temps voués à la dérision et à la vulgarité ? Comment expliquer l’étonnante indulgence des critiques et l’engouement jamais démenti des lecteurs ? Les premiers, jamais en mal de bons sentiments, en dépit des apparences, pensent peut-être, sans pouvoir s’en détacher, à la fin tragique de Zweig ; les seconds, souvent de jeunes bourgeoises, il faut bien le reconnaître, rendent hommage au sentimentalisme et à la mièvrerie de ses nouvelles. Si l’on veut bien les comparer, Zweig semble avoir quelques avantages sur Proust. Tous deux peignent une société perdue ou en perdition. Tous deux ont le goût et les raffinements d’une aristocratie à laquelle ils n’appartiennent pas. Mais à défaut de génie, Zweig continue d’avoir les faveurs d’un public qu’on ne trouve pas aussi nombreux et juvénile du côté de Proust. L’Autriche crépusculaire de l’un a peut-être plus de charme que les grands salons parisiens de l’autre. Mais la raison, l’inavouable raison est ailleurs : Zweig est plus bref que Proust.
14:40 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : littérature



Commentaires
Non seulement il est plus bref mais sa phrase est plus claire que celle de Proust. Ses biographies sont admirables, surtout celle de Marie Stuart, pour laquelle on sent qu'il a une affection particulière. La fin tragique de Zweig n'est guère surprenante quand on connaît l'intérêt qu'il porte aux destins tragiques. La vérité chez lui n’était pas quelque chose d’abstrait mais comprenait une dimension existentielle. Il n'y avait pas de hiatus entre ce qu'il écrivait et ce qu'il vivait.
Ecrit par : Sébas†ien | mercredi, 13 décembre 2006
Zweig est plus clair que Proust, mais il est moins profond. Il n'en est pas moins un nouvelliste attachant, et un excellent biographe, en effet. Il a en particulier l'art de la biographie croisée, qu'il s'agisse des Trois poètes de leur vie ou surtout du Combat avec le démon (Kleist, Hölderlin, Nietzsche).
Ecrit par : Le Uhlan | mercredi, 13 décembre 2006
Zweig c'est l'auteur idéal pour draguer les jeunes filles...c'est facile, court, assez désespéré pour faire croire à une certaine profondeur....ça émeut...
Il est bien entendu impossible de le comparer à Proust mais il me semble bien inférieur par ex à un auteur comme Schnitzler qui est beaucoup plus "pervers"
Ecrit par : Tlön | mercredi, 13 décembre 2006
Schnitzler est plus pervers que Zweig, c'est certain. Je ne pense pas néanmoins qu'on puisse mettre le premier au-dessus du second, même si, in fine, c'est affaire de goût. La palette de Zweig est tout de même plus large, y compris pour les longues nouvelles, encore que Vienne au crépuscule (de Schnitzler) soit une belle fresque de la Vienne de 1900, qui montre bien, à travers une amitié intellectuelle, les rapports entre la vieille aristocratie et la bourgeoisie juive montante.
Ecrit par : Le Uhlan | mercredi, 13 décembre 2006
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