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vendredi, 10 février 2017

Ce que Silence dit de Scorsese

Le sujet du dernier film de Scorsese - Silence - est emprunté au roman éponyme de Shûsaku Endô : la persécution des chrétiens dans le Japon du XVIIe siècle et l’obligation d’apostasie imposée même aux prêtres évangélisateurs, acculés à devenir comme des marranes chrétiens.

Scorsese prend ce détour exotique et historique pour traiter les thèmes qui lui sont chers comme la violence originelle, la solitude au sein du groupe et la rédemption par la souffrance. Mais à travers le martyre des missionnaires portugais et des autochtones convertis dans le Japon des Shoguns, il reprend et illustre aussi tous les dilemmes du christianisme : le doute ou la prière, la parole ou le silence, le sacrifice de soi ou le sacrifice de la foi.

A ces dilemmes se joint ou se superpose l’opposition de l’universel et du particulier, avec les enjeux de l’évangélisation du monde (au nom de la vérité du Christ), d’un côté, et la préservation des identités religieuses ou culturelles (comme la religion de la nature des Japonais), de l’autre. C’est sans doute parce que Scorsese n’a jamais traité aussi explicitement, aussi frontalement ces questions qu’il atteint ici à une forme d’épure cinématographique, loin de son rythme et de ses effets habituels.

Silence s’inscrit parmi les grands films religieux ou chrétiens, à tout le moins, de l’histoire du cinéma.

22:27 Publié dans Kino | Lien permanent | Tags : scorsese

lundi, 26 octobre 2015

La Matrice de Scorsese

Who’s that knocking at my door est le premier long métrage de Martin Scorsese (1967), et tout ce qui caractérise le réalisateur s'y trouve déjà. Il y a tout d'abord un style bien à lui, plutôt rapide, nerveux, voire syncopé, à la ressemblance de sa volubilité naturelle. Il y a aussi et surtout les thèmes ou les lignes de force qui ordonneront, alternativement ou cumulativement, tous ses films à venir : le poids de la communauté, la prégnance de la religion, l’initiation par la violence, la solitude au sein du groupe, l’enfermement dans la névrose.

Mais ce film prometteur, brillant et brouillon à la fois, fait mieux qu’annoncer une œuvre en devenir ; il témoigne significativement de l’évolution du cinéma américain de la seconde moitié des années 1960, qui se renouvelle alors par des emprunts à l’avant-garde européenne (la Nouvelle Vague française), tout en rendant hommage aux grands anciens de Hollywood comme Ford ou Hawks. A ce mélange des influences, Scorsese a toutefois ajouté une veine expérimentale qui se voit dans des scènes intimistes (notamment celle des acrobaties sexuelles au son des Doors), comme pour montrer que sa singularité ne tenait pas qu'à la dimension communautaire de son inspiration.

11:07 Publié dans Kino | Lien permanent | Tags : scorsese