dimanche, 30 janvier 2022
Ce qu'un acronyme dit et ne dit pas
Les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont des mouroirs qui ne disent pas leur nom. Ce sont des lieux où la fin de vie est institutionnellement organisée au double avantage des familles délaisseuses et des profiteurs de la misère de l’âge. Il existe plus qu’un contrat tacite entre les unes et les autres pour éloigner les vieillards égrotants ou cacochymes de la vue des plus jeunes et de la société en général. On parlera évidemment d’individualisme ou d’égoïsme, mais il faut aussi parler de la faillite de la famille.
Les liens entre les générations se sont dissous sous l’effet cumulatif du déclin de la culture religieuse, de la libéralisation des mœurs et de l’émancipation féminine. Pis encore, le temps de la famille a été grignoté et finalement préempté par le travail, la consommation et les loisirs. La famille s’est d’abord amoindrie, rétrécie, avant d’éclater, malgré ses fausses recompositions diverses et variées. Les personnes âgées ont été expulsées du cercle familial, puis reléguées, isolées dans les antichambres de la mort qui se sont appelées successivement asiles, maisons de repos et désormais établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes. Autant de mots pour cacher la terrible réalité d’une réclusion de fin de vie.
13:04 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Tags : décivilisation
lundi, 24 janvier 2022
Les Tourments de Tolstoï
Tolstoï était dominé par deux sentiments : la peur de la mort et l’obsession de la chair. Cette dernière se trouve même à la racine de la plupart de ses œuvres, aussi bien mineures (Le Diable) que majeures (Anna Karénine), y compris – plus souterrainement – le grand roman moral et testamentaire qu’est Résurrection. Elle a déterminé également jusqu’au paradoxe intime sa critique radicale de la société de son temps et, en particulier, de l’hypocrisie sociale, et sans doute explique-t-elle que Tolstoï ait passé sa vie à énoncer des règles de vie qu'il ne parvenait pas à observer. Il y avait en lui un lien profond entre sa peur de la mort et sa conscience de pécheur. L’angoisse de la mort n'était pas étrangère à la terreur du châtiment. La peur de l’enfer pouvait se nicher dans celle de la mort.
12:22 Publié dans Lettres | Lien permanent | Tags : tolstoï

